Trump reconnaît une frappe antidrogue américaine au Venezuela

Lailuma Sadid
Credit: AFP via Getty Images

Venezuela (Le Journal de Bruxelles) – Donald Trump a confirmé que les États-Unis ont frappé un point de transbordement de drogue au Venezuela, évoquant une forte explosion dans une zone portuaire sans donner de détails. Cette reconnaissance intervient dans le cadre d’une campagne maritime antidrogue américaine accrue, qui a intensifié les tensions avec le gouvernement de Nicolás Maduro.

Trump reconnaît une frappe au Venezuela

Dans la dernière escalade de la pression américaine sur le Venezuela, le président Donald Trump a reconnu publiquement une attaque américaine contre une installation que Washington décrit comme centrale dans le trafic de drogue.

Trump a déclaré aux journalistes qu’il y avait eu « une forte explosion dans la zone portuaire où les bateaux sont chargés de drogues », qualifiant l’installation de « point de transbordement de drogue ». Il a tenu ces propos avant une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Mar-a-Lago.

Le gouvernement vénézuélien n’a pas commenté l’incident, laissant la cible précise et l’impact local non confirmés par des sources officielles.

Allusions antérieures dans les médias et remarques radio de Trump

La reconnaissance de Trump a suivi des commentaires plus cryptiques et des enquêtes journalistiques qui soulevaient déjà des questions sur une action secrète.

Lors d’une interview impromptue avec la station de radio new-yorkaise 77 WABC, Trump avait laissé entendre une frappe :

« Je ne sais pas si vous l’avez vu, ils ont une grande installation d’où viennent les navires. Nous les avons éliminés il y a deux nuits. »

Il n’a fourni aucun détail sur la manière dont la frappe a été menée ou sur d’éventuelles victimes, et aucune clarification n’a été donnée par le Pentagone ou d’autres agences américaines.

Frappe signalée par un drone de la CIA

Le New York Times a rapporté que l’opération avait été conduite par la CIA, un drone ciblant un quai utilisé par le groupe criminel Tren de Aragua, lié au trafic de drogue.

Le quai servait à stocker et charger des drogues sur des bateaux pour l’expédition. Il n’y avait personne dans la zone ciblée, laissant penser que la frappe visait l’infrastructure sans faire de victimes.

Ni les responsables américains ni Trump n’ont confirmé ces détails ou le type d’armement utilisé, gardant l’opération opaque politiquement.

Incendie dans l’entreprise chimique Primazol

Un autre incident est survenu à Maracaibo, où la société Primazol a annoncé un incendie dans un entrepôt portuaire pendant Noël.

Dans un premier communiqué, l’entreprise a rejeté les rumeurs circulant sur Internet et a précisé ensuite que l’incendie était dû à un court-circuit. Aucun lien officiel avec la frappe américaine de Trump n’a été établi.

Campagne maritime américaine contre les bateaux suspects

La frappe s’inscrit dans une campagne plus large des États-Unis contre les trafiquants présumés, notamment en mer.

Ces derniers mois, les forces américaines ont attaqué plusieurs dizaines de bateaux dans les Caraïbes et le Pacifique transportant de la drogue. Lundi, un navire suspect a été coulé dans le Pacifique oriental, tuant deux hommes à bord.

Plus de 100 personnes ont été tuées depuis début décembre, soulevant des inquiétudes sur la légalité et le respect des droits humains.

Questions sur la légalité et la proportionnalité

Ces opérations posent des questions sur les règles d’engagement et le contrôle des forces américaines.

Les critiques soulignent que l’usage de la force létale en mer sans examen judiciaire peut violer le droit international et les droits humains. Les partisans estiment que les navires armés de trafiquants constituent une menace directe nécessitant une action rapide.

L’implication de la CIA et d’autres moyens militaires brouille la ligne entre enforcement et campagnes militaires secrètes, renforçant l’appel à la transparence.

Déploiement massif des forces américaines

Les opérations maritimes sont accompagnées d’un déploiement important des forces américaines autour du Venezuela.

Soldats, navires de guerre, porte-avions, avions de chasse et bombardiers longue portée sont stationnés dans la région. Washington justifie ce déploiement par la lutte contre les cartels et la protection des citoyens américains.

Des experts estiment cependant que la présence militaire dépasse ce qui serait nécessaire pour une mission anti-contrebande, laissant penser à une démonstration de force.

Pression sur le secteur pétrolier et opérations secrètes

La frappe s’inscrit dans une stratégie plus large de pression sur le gouvernement de Maduro, ciblant ses sources économiques vitales.

Trump a reconnu en octobre avoir autorisé des opérations secrètes de la CIA au Venezuela. Récemment, plusieurs pétroliers liés au pays ont été saisis, accentuant la pression sur ses revenus pétroliers.

Cette stratégie vise à affaiblir à la fois les revenus issus du trafic de drogue et du pétrole, essentiels pour l’administration Maduro.

Accusations de changement de régime par Maduro

Le gouvernement vénézuélien voit les actions américaines comme une tentative de renverser Maduro.

Il accuse Washington de chercher à provoquer un changement de pouvoir à Caracas, combinant campagne antidrogue, sanctions et pressions économiques. Trump et la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, ont exprimé un désir explicite de voir Maduro partir.

Cette rhétorique, associée aux opérations secrètes et aux déploiements militaires, accentue la méfiance entre Washington et Caracas.

Équilibrer objectifs antidrogue et risques géopolitiques

La frappe et la campagne maritime sont présentées par les États-Unis comme une offensive contre les organisations criminelles transnationales.

Mais en ciblant des actifs que Caracas considère comme souverains, Washington augmente le risque de confrontation directe. Les moyens militaires déployés et les opérations secrètes sont perçus comme une préparation à des mesures plus drastiques.

Maduro a répondu surtout par la rhétorique, mais le secret et l’absence de communication accroissent le risque d’erreur de calcul.

Perspectives

La frappe sur un « point de transbordement de drogue » et la campagne maritime montrent le caractère musclé et opaque de la politique antidrogue américaine.

Plus de 100 morts depuis début décembre et la présence militaire importante brouillent la frontière entre application de la loi et projection de puissance.

La pression sur le pétrole et les opérations secrètes révèlent le lien entre objectifs antidrogue et volonté politique de déloger Maduro. L’avenir reste très incertain pour la sécurité régionale.

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Lailuma Sadid est une ancienne diplomate à l'ambassade de la République Islamique d'Afghanistan auprès du Royaume de Belgique, en charge des affaires liées à l'OTAN. Elle a suivi des formations à l'OTAN et a été intervenante lors d'événements au siège de l'OTAN à Bruxelles, ainsi qu'aux Pays-Bas, en Allemagne, en Estonie et en Azerbaïdjan. Sadid a également été reporter politique pour l'agence de presse Pajhwok, couvrant la conférence de Londres en 2006 et le sommet de Lisbonne en 2010.
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