Manifestations meurtrières en Iran lors d’un cinquième jour

Sarhan Basem

Tehran (Le Journal de Bruxelles) – Les plus grandes manifestations en Iran depuis trois ans en sont à leur cinquième jour.
Des affrontements meurtriers ont fait au moins deux morts à Lordegan, selon des médias proches de l’État.
Des témoins et ONG évoquent des tirs à balles réelles contre des manifestants.
La colère est liée à la crise économique, à la répression politique et à la hausse des exécutions.

La vague de protestations s’étend et devient meurtrière

La dernière vague de troubles est devenue le plus important mouvement de protestation en Iran depuis les manifestations nationales de 2022.

Les protestations, initialement déclenchées par l’effondrement de la monnaie nationale, ont commencé dimanche dans la capitale, Téhéran, avant de s’étendre à de nombreuses villes du pays. Les manifestants réclament la justice économique et exigent la fin du régime.

Les médias proches de l’État ont confirmé qu’au moins deux personnes ont été tuées lors des affrontements, marquant une escalade dangereuse alors que le mouvement est entré dans son cinquième jour jeudi.

Bien que les autorités n’aient pas identifié les victimes, des témoins et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants gisant au sol après que les forces de sécurité ont ouvert le feu.

Morts à Lordegan et scènes de « champ de bataille »

L’Organisation Hengaw pour les droits humains a indiqué que l’une des victimes avait été touchée par des balles réelles et était décédée avant d’atteindre un établissement médical.

Les deux morts auraient été recensés dans la ville de Lordegan, dans le sud-ouest du pays, devenue l’un des principaux foyers des manifestations actuelles.

Des militants et organisations de défense des droits humains alertent sur une intensification de la répression, affirmant que les forces de sécurité tirent directement sur les manifestants. Un témoin a décrit la situation comme un « champ de bataille », affirmant que les forces de l’ordre « tirent sans relâche ».

Des vidéos circulant en ligne semblent confirmer l’usage d’armes à feu, montrant des foules fuyant dans des rues enfumées tandis que des blessés sont évacués.

Voix de Lordegan : « Soyez notre voix »

Ebrahim Eshaghi, lutteur iranien vivant en Allemagne et originaire de Lordegan, a relayé des témoignages de manifestants sur place.

« Aujourd’hui, les habitants de ma ville sont descendus dans la rue pour réclamer leurs droits. Deux jeunes ont été tués et beaucoup d’autres blessés »,

a-t-il déclaré.

« Nous demandons aux peuples du monde entier d’être notre voix. La République islamique est notre ennemie commune »,

a-t-il ajouté, appelant à une mobilisation internationale.

L’effondrement économique au cœur de la colère

Les troubles ont été déclenchés par la chute brutale de la valeur de la monnaie nationale, qui a profondément détérioré les conditions de vie.

Roya Boroumand, directrice du Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits humains, explique que la colère populaire est alimentée par la hausse du coût de la vie.

« De plus en plus d’Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté et n’ont aucun espoir d’amélioration de leurs conditions de vie »,

a-t-elle déclaré, évoquant la corruption, la mauvaise gestion et des politiques qui plongent le pays dans la misère.

Elle souligne que toute protestation antigouvernementale est considérée comme illégale, ce qui explique la répétition de soulèvements suivis de répressions violentes.

Les plus grandes manifestations depuis 2022

Les troubles actuels sont les plus importants depuis les manifestations nationales de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini en détention policière.

Ces événements, marqués par l’usage de la force létale et des arrestations massives, ont laissé une profonde empreinte dans la société iranienne.

Aujourd’hui, les slogans entendus à travers le pays expriment à la fois des revendications économiques et une contestation ouverte du système politique et religieux en place.

Exécutions record et climat de peur

Les manifestations surviennent après une année marquée par un nombre record d’exécutions, avec plus de 1 500 personnes mises à mort en 2025, selon des organisations de défense des droits humains.

Ces organisations accusent les autorités d’utiliser la peine de mort comme outil d’intimidation pour étouffer toute dissidence.

Les exécutions seraient menées à l’issue de procès inéquitables, souvent à huis clos, dans un contexte de torture et d’aveux forcés.

Usage de balles réelles et militarisation de la réponse

Les observateurs craignent que les autorités répètent les méthodes brutales observées lors de précédentes vagues de protestation.

La confirmation de morts causées par des tirs à balles réelles rappelle les événements de 2019 et 2022.

Les témoignages évoquant un « champ de bataille » et les images de rues enfumées suggèrent une réponse militarisée plutôt qu’un simple maintien de l’ordre.

Aucune voie légale pour protester

Le cadre juridique iranien offre très peu de possibilités pour des manifestations pacifiques.

Les rassemblements critiques sont rarement autorisés et rapidement dispersés, qualifiés d’« illégaux ».

Ce contexte permet aux autorités de justifier arrestations massives et violences, perpétuant un cycle de contestation et de répression.

Perspectives : risque d’escalade

Alors que les manifestations se poursuivent et s’étendent à plusieurs villes, la crainte d’un durcissement de la répression demeure.

La combinaison de tirs à balles réelles, de décès confirmés et d’un lourd passé de répression alimente la peur d’un bilan humain plus élevé.

Dans le même temps, l’ampleur des difficultés économiques et sociales suggère que la répression seule pourrait ne pas suffire à contenir durablement le mécontentement populaire.

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Sarhan Basem est le correspondant principal de *Brussels Morning* au Parlement européen. Titulaire d'une licence en littérature anglaise, Sarhan apporte une combinaison unique de finesse linguistique et de capacité analytique à ses reportages. Spécialisé dans les affaires étrangères, les droits de l'homme, les libertés civiles et les questions de sécurité, il explore en profondeur les subtilités de la politique mondiale pour offrir des commentaires perspicaces et une couverture approfondie. En dehors du journalisme, Sarhan est un voyageur passionné, découvrant de nouvelles cultures et cuisines, et aime se détendre avec un bon livre ou profiter d'aventures en plein air dès que possible.
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