L’Iran secoué par des manifestations nationales économiques

Sarhan Basem
Credit: Getty Images

Tehran (Le Journal de Bruxelles) – Des manifestations ont éclaté en Iran après la chute record du rial à 1,44 million pour un dollar, déclenchées par des commerçants à Téhéran puis rejointes par étudiants et travailleurs. La forte inflation, la contraction économique et les sanctions ont transformé le mécontentement latent en révolte ouverte dans plusieurs villes. Les forces de sécurité ont répondu par des gaz lacrymogènes face à des slogans hostiles au pouvoir. Les promesses de réformes du président, combinées au rejet du budget par le Parlement, ont renforcé l’incertitude politique.

Les protestations s’enflamment depuis les bazars de Téhéran

Des manifestations antigouvernementales, déclenchées par des commerçants de Téhéran face à l’effondrement du rial iranien, se sont rapidement étendues aux étudiants, aux travailleurs et à d’autres secteurs à l’échelle nationale d’ici mercredi. Ce mouvement marque une montée en puissance rare, partie du cœur économique traditionnel du pays.

L’effondrement monétaire provoque des fermetures de commerces

Les Iraniens subissent depuis des années une inflation galopante, une croissance faible et un isolement international liés à la mauvaise gestion, à la corruption et aux sanctions. L’inflation officielle atteint près de 50 %, tandis que l’économie se contracte légèrement.
Ces derniers jours, la situation s’est aggravée lorsque le rial a atteint des niveaux historiquement bas, plongeant de nombreux commerces dans l’impossibilité de fonctionner.

Des vidéos diffusées dimanche montrent des commerçants fermant leurs boutiques dans plusieurs centres commerciaux de Téhéran. Les manifestants scandaient des slogans appelant à la solidarité et encourageaient d’autres à suivre le mouvement. Cette mobilisation des « bazaaris » est inhabituelle dans l’histoire récente de la République islamique.

Des économistes soulignent que cette participation indique que la crise touche désormais des couches auparavant plus protégées. Contrairement aux protestations de 2017, menées surtout par les plus pauvres, celles-ci montrent que même les commerçants ne parviennent plus à survivre économiquement.

Propagation rapide vers les grandes villes et secteurs

À partir de l’étincelle de dimanche, les manifestations ont rapidement gagné en ampleur. Dès lundi, des rassemblements ont été observés à Téhéran mais aussi dans d’autres régions, y compris sur l’île de Qeshm dans le golfe Persique.

Mardi, les protestations se sont étendues à plusieurs grandes villes comme Kermanshah, Chiraz, Yazd et Ispahan. Des témoins décrivent des groupes de commerçants fermant leurs boutiques, marchant ensemble et exerçant une pression collective sur ceux qui hésitaient.

La majorité des participants étaient de jeunes commerçants aux entreprises fragiles. Les marchands plus établis étaient largement absents, et les rassemblements étaient composés principalement d’hommes, selon des témoins locaux.

Les slogans évoluent vers une contestation du régime

Très vite, les revendications ont dépassé les questions économiques. Des vidéos montrent des manifestants scandant « Mort au dictateur » et, dans certains cas, des slogans favorables à l’ancienne monarchie.

Des étudiants universitaires ont rejoint le mouvement, tout comme certaines organisations professionnelles. De nombreuses entreprises ont annoncé leur fermeture en signe de solidarité, incluant cafés, restaurants, cabinets médicaux et concessions automobiles.

Réponse du gouvernement et déploiement sécuritaire

Face à l’ampleur des manifestations, les autorités ont déployé des forces de sécurité, notamment des unités à moto dans les rues de Téhéran. Des images montrent l’utilisation de gaz lacrymogènes et des confrontations tendues.

Aucune victime n’a été officiellement signalée, mais certaines vidéos témoignent de scènes chaotiques. Les médias proches de l’État ont adopté un ton plus neutre qu’à l’accoutumée, qualifiant les manifestants de commerçants plutôt que d’émeutiers.

Prises de parole présidentielles et avertissement des Gardiens de la révolution

Le président Massoud Pezeshkian a déclaré que les conditions de vie de la population étaient sa préoccupation quotidienne. Il a promis des réformes monétaires et bancaires et ordonné des discussions avec les représentants des protestataires.

Parallèlement, les Gardiens de la révolution ont averti qu’ils feraient face à toute « sédition » ou menace sécuritaire. Le gouvernement a aussi annoncé des fermetures généralisées de bureaux et commerces, officiellement pour des raisons énergétiques.

Pressions économiques et colère de la jeunesse

La crise s’est accentuée avec le rejet parlementaire du projet de budget, qui prévoyait des hausses d’impôts et une réduction réelle des salaires publics. Des coupes dans les subventions, notamment sur l’essence, ont accru le mécontentement.

De jeunes Iraniens décrivent une vie quotidienne devenue intenable, où le simple suivi du taux de change influence leur moral. Beaucoup estiment que leur avenir a été sacrifié par des décennies de décisions politiques.

Contexte historique et perspectives

Ces manifestations sont les plus importantes depuis celles de 2022 et rappellent les soulèvements économiques de 2017 et 2019. La mobilisation inhabituelle des commerçants souligne la profondeur de la crise actuelle.

Alors que les promesses de réformes se heurtent aux résistances institutionnelles et que la répression se renforce, l’issue reste incertaine. Le silence du guide suprême Ali Khamenei ajoute à l’incertitude sur la réponse finale du pouvoir.

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Sarhan Basem est le correspondant principal de *Brussels Morning* au Parlement européen. Titulaire d'une licence en littérature anglaise, Sarhan apporte une combinaison unique de finesse linguistique et de capacité analytique à ses reportages. Spécialisé dans les affaires étrangères, les droits de l'homme, les libertés civiles et les questions de sécurité, il explore en profondeur les subtilités de la politique mondiale pour offrir des commentaires perspicaces et une couverture approfondie. En dehors du journalisme, Sarhan est un voyageur passionné, découvrant de nouvelles cultures et cuisines, et aime se détendre avec un bon livre ou profiter d'aventures en plein air dès que possible.
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