Les Émirats arabes unis appellent à la désescalade alors que la crise séparatiste au Yémen s’accélère

Lailuma Sadid
Credit: Getty Images

Yemen (Le Journal de Bruxelles) – Les Émirats arabes unis ont appelé à la désescalade au Yémen après des frappes saoudiennes contre le Conseil de transition du Sud en Hadramout, qui ont fait sept morts, sur fond de déclaration d’indépendance du mouvement, de retrait militaire émirati et de pourparlers convoqués à Riyad.

Appel des Émirats arabes unis à la retenue

Selon Reuters, les Émirats arabes unis ont appelé à la retenue face à l’aggravation rapide de la crise au Yémen. Cet appel intervient après des frappes aériennes saoudiennes visant des positions du Conseil de transition du Sud (CTS) et la déclaration d’indépendance surprise du mouvement séparatiste. Dans un communiqué, le ministère émirati des Affaires étrangères a exhorté « toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue afin d’éviter toute nouvelle escalade ».

Initiative saoudienne de dialogue à Riyad

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a, de son côté, invité les factions du sud du Yémen à participer à des pourparlers à Riyad. La déclaration appelle à « une conférence globale pour discuter de solutions justes à la question du Sud », précisant que l’invitation a été formellement émise par le gouvernement yéménite reconnu internationalement.

Contexte de la déclaration d’indépendance du CTS

Plus tôt vendredi, le Conseil de transition du Sud, soutenu par les Émirats arabes unis, a annoncé l’adoption d’une constitution pour un État indépendant dans le sud du Yémen. Cette initiative fait suite à la prise de contrôle par le CTS de vastes zones des provinces de l’Hadramout et d’al-Mahra. Il n’était toutefois pas immédiatement clair si cette déclaration devait être mise en œuvre concrètement ou si elle revêtait un caractère essentiellement symbolique.

Retrait complet des troupes émiraties

Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont annoncé le retrait total de leurs forces militaires du Yémen, après plusieurs jours de ponts aériens depuis des positions anti-houthis. Cette décision est intervenue dans un contexte de tensions croissantes avec l’Arabie saoudite, qui s’est opposée à l’avancée des forces séparatistes soutenues par Abou Dhabi.

Escalade des affrontements en Hadramout

Les annonces se sont accompagnées d’une intensification des combats en Hadramout, où le gouvernement yéménite soutenu par Riyad a lancé une opération pour reprendre le contrôle de la région au CTS. Le gouverneur de l’Hadramout, Salem al-Khanbashi, a déclaré avoir lancé une opération « pacifique » visant à rétablir l’autorité de l’État.

« Cette opération n’est ni une déclaration de guerre ni une tentative d’escalade »,

a-t-il affirmé, ajoutant qu’elle « ne cible aucun groupe politique ou social » et vise à transférer les sites militaires de manière ordonnée.

Frappes aériennes saoudiennes confirmées

Le CTS a toutefois rapporté que sept frappes aériennes avaient touché le camp d’al-Khasah. Mohammed Abdulmalik, responsable du CTS dans la vallée et le désert de l’Hadramout, a affirmé que ces frappes avaient fait sept morts et plus de vingt blessés. Des sources saoudiennes ont confirmé que les frappes avaient été menées par la coalition dirigée par Riyad, indiquant qu’elles se poursuivraient jusqu’au retrait du CTS des gouvernorats concernés.

Accusations du CTS contre Riyad

Le représentant du CTS pour les affaires étrangères, Amr al-Bidh, a accusé l’Arabie saoudite d’avoir « sciemment trompé la communauté internationale » en parlant d’une opération pacifique. Selon lui, le lancement de frappes aériennes quelques minutes plus tard prouverait l’absence d’intention réelle de désescalade. Il a exprimé ces accusations dans un message publié sur le réseau social X.

Blocage de l’aéroport d’Aden

Les tensions se sont également traduites par un blocage de l’aéroport d’Aden. L’ambassadeur saoudien au Yémen, Mohammed al-Jabir, a accusé le CTS d’avoir empêché l’atterrissage d’une délégation saoudienne, qualifiant cette attitude d’« intransigeance ». De son côté, le ministère des Transports contrôlé par le CTS a dénoncé une demande saoudienne exigeant que tous les vols à destination et en provenance des Émirats arabes unis fassent escale en Arabie saoudite pour des contrôles de sécurité. Les données de Flightradar24 ont montré qu’aucun vol n’avait décollé ou atterri à Aden pendant plus de 24 heures.

Fractures au sein de la coalition du Golfe

Ces développements mettent en lumière les divisions croissantes entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pourtant alliés de longue date dans la coalition militaire lancée en 2015 pour combattre les rebelles houthis soutenus par l’Iran. Après près d’une décennie de guerre, les houthis contrôlent toujours Sanaa et de larges zones densément peuplées, tandis que Riyad et Abou Dhabi soutiennent désormais des factions rivales dans les territoires tenus par le gouvernement.

Importance stratégique de l’Hadramout

La province de l’Hadramout revêt une importance stratégique majeure pour le Yémen et la région. Frontalière de l’Arabie saoudite, elle abrite d’importantes réserves de pétrole et de gaz, essentielles à l’économie yéménite. La prise de contrôle de zones clés par le CTS, après la capture d’al-Mahra, a été perçue à Riyad comme une menace directe pour son influence et pour la stabilité de sa frontière méridionale.

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Lailuma Sadid est une ancienne diplomate à l'ambassade de la République Islamique d'Afghanistan auprès du Royaume de Belgique, en charge des affaires liées à l'OTAN. Elle a suivi des formations à l'OTAN et a été intervenante lors d'événements au siège de l'OTAN à Bruxelles, ainsi qu'aux Pays-Bas, en Allemagne, en Estonie et en Azerbaïdjan. Sadid a également été reporter politique pour l'agence de presse Pajhwok, couvrant la conférence de Londres en 2006 et le sommet de Lisbonne en 2010.
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