China (Le Journal de Bruxelles) – Le président sud-coréen Lee Jae-myung rencontrera lundi Xi Jinping à Pékin pour un deuxième sommet en deux mois. Les discussions porteront sur la coopération pratique, notamment les chaînes d’approvisionnement et le tourisme. Lee visitera aussi Shanghai pour réaffirmer la politique d’une seule Chine de Séoul sur Taïwan. Les analystes estiment que Pékin cherche à renforcer ses liens avec Séoul tout en équilibrant l’alliance américaine.
L’invitation de Xi souligne les priorités de Pékin
Le président chinois Xi Jinping a invité le président sud-coréen Lee Jae-myung à une visite d’État à Pékin, un geste qui traduit la volonté de la Chine de renforcer ses relations avec la Corée du Sud dans un contexte de fortes turbulences régionales.
Le conseiller à la sécurité nationale sud-coréen, Wi Sung-lac, a indiqué vendredi que Lee rencontrera Xi à Pékin lundi, avant de se rendre à Shanghai pour visiter le site historique du gouvernement provisoire coréen établi durant les 35 années de colonisation japonaise.
Selon Wi, les deux dirigeants devraient discuter d’une « coopération pratique » dans des domaines tels que l’investissement dans les chaînes d’approvisionnement, le tourisme et la lutte contre la criminalité transnationale.
Vers une percée sur la péninsule coréenne
Lee devrait également encourager la Chine à jouer un rôle « constructif » afin d’obtenir « une percée dans la résolution des questions liées à la péninsule coréenne », a ajouté Wi.
Il s’agira de la deuxième rencontre entre Xi et Lee en seulement deux mois, un délai inhabituellement court selon les analystes, qui y voient le signe de l’intérêt de Pékin à consolider ses liens avec Séoul avant un prochain sommet entre la Corée du Sud et le Japon.
Les relations sino-japonaises restent tendues depuis que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a suggéré en novembre qu’une éventuelle attaque chinoise contre Taïwan pourrait entraîner une réponse militaire de Tokyo.
Séoul réaffirme sa position sur Taïwan
Vendredi, Wi a réaffirmé la position sud-coréenne sur Taïwan, déclarant que Séoul « respecte la politique d’une seule Chine et agit conformément à cette position ».
Cette approche reconnaît la vision de Pékin selon laquelle Taïwan fait partie de son territoire souverain, tout en permettant à la Corée du Sud de maintenir des relations distinctes avec l’île autonome.
Lee a également affirmé qu’il ne prendrait pas parti dans le différend entre la Chine et le Japon, une ligne de conduite qu’il maintient alors que les tensions autour du détroit de Taïwan s’intensifient après de vastes manœuvres militaires chinoises dans la région.
Analyses sur le calendrier et la stratégie
Pour Kang Jun-young, professeur d’économie politique à l’Université Hankuk des études étrangères, « la Chine cherche à souligner l’importance de la Corée du Sud plus qu’auparavant ».
« Pékin semble avoir décidé stratégiquement qu’il était préférable que Lee se rende en Chine avant que la Corée du Sud ne tienne un nouveau sommet avec le Japon »,
a-t-il expliqué.
De son côté, l’administration Lee insiste sur sa volonté de « restaurer » les relations avec la Chine, premier partenaire commercial de la Corée du Sud.
Équilibrer les relations avec les États-Unis et le Japon
Dans le même temps, la diplomatie « pragmatique » de Lee vise à préserver des liens solides avec le Japon et les États-Unis, allié stratégique majeur de Séoul.
Sous la présidence de son prédécesseur Yoon Suk Yeol, la Corée du Sud s’était rapprochée de Washington et de Tokyo, tout en se montrant plus critique à l’égard de la position chinoise sur Taïwan.
Les discussions pourraient aussi porter sur la modernisation de l’alliance Corée du Sud–États-Unis, perçue par certains comme un contrepoids à l’influence croissante de la Chine en Asie-Pacifique.
Le rôle régional des forces américaines
Environ 28 500 soldats américains sont actuellement stationnés en Corée du Sud afin de dissuader les menaces nord-coréennes.
Des responsables américains ont laissé entendre que ces forces pourraient être rendues plus flexibles pour répondre à d’autres défis régionaux, notamment liés à Taïwan et à l’expansion militaire chinoise.
« La Corée ne répond pas uniquement aux menaces sur la péninsule »,
a déclaré fin décembre le général Xavier Brunson, commandant des forces américaines en Corée, soulignant le rôle stratégique du pays en Asie du Nord-Est.
L’angle nord-coréen et l’influence de Pékin
La Chine demeurant le principal allié et soutien économique de la Corée du Nord, les experts s’attendent à ce que Lee sollicite l’aide de Pékin pour encourager un dialogue avec Pyongyang.
La Corée du Nord avait rejeté les tentatives de rapprochement de Lee l’an dernier, le qualifiant de manière virulente, tandis que Pékin et Pyongyang ont poursuivi leur coopération étroite.
Dimension culturelle et symbolique de la visite
La visite de Lee à Shanghai revêt également une forte dimension culturelle et historique. Le site du gouvernement provisoire coréen symbolise la lutte pour l’indépendance et la mémoire nationale, tout en rappelant les liens historiques entre la Chine et la Corée.
Ce passage par Shanghai vise à souligner l’importance des échanges culturels et mémoriels dans la relation bilatérale, en complément des enjeux diplomatiques, économiques et sécuritaires qui dominent l’agenda de la visite.