Israël autorise l’importation de biens double usage à Gaza

Sarhan Basem
Credit: Getty Images

Gaza (Le Journal de Bruxelles) – Israël autorise certains commerçants à importer des biens « double usage » à Gaza, interdits aux organisations humanitaires, profitant à certains acteurs tout en limitant l’efficacité de l’aide ; ces articles se vendent à prix élevés, aggravant un système à deux vitesses, alors que faim et hypothermie frappent les enfants malgré les flux d’aide.

Israël autorise les commerçants à importer des biens à double usage dans Gaza

Israël a mis en place un système parallèle permettant à certains commerçants d’importer dans la bande de Gaza des biens dits « à double usage », comme des générateurs et des palettes métalliques, alors que ces articles restent interdits aux organisations humanitaires. Selon des sources militaires, diplomatiques et humanitaires, ces marchandises passent par les mêmes points de contrôle que l’aide humanitaire, créant des marchés lucratifs tout en limitant l’efficacité des secours.

Disparité entre commerçants et ONG

Les responsables et humanitaires dénoncent une inégalité flagrante. « Il est choquant que ces biens puissent entrer par les voies commerciales alors qu’ils sont interdits aux ONG », explique un diplomate. Cette situation limite le travail des organisations humanitaires dans un contexte de besoins désespérés, notamment en période hivernale, tout en offrant des opportunités lucratives à certains commerçants.

Rôle de Cogat et réponse officielle

Cogat, l’unité israélienne du ministère de la Défense contrôlant l’accès à Gaza, a rejeté ces accusations, affirmant que la politique d’entrée des biens est appliquée de manière uniforme pour l’ONU, les organisations internationales, les pays donateurs et le secteur privé. L’unité assure également que des alternatives sont proposées aux organisations humanitaires pour faciliter leur mission, sans préciser les modalités.

Contexte politique et contrôle économique

Selon Tania Hary, directrice de Gisha, groupe israélien de défense des droits humains, ces mesures s’inscrivent dans une logique de contrôle politique. « Le secteur privé peut sembler bénéficier d’une incohérence, mais c’est cohérent avec la politique visant à renforcer certains acteurs et affaiblir d’autres », explique-t-elle. Cette politique contribue à créer un marché lucratif pour les commerçants et certaines entreprises de sécurité protégées, au détriment de la population locale.

Impact humanitaire et hiver rigoureux

Les biens à double usage, vendus à prix élevés, exacerbent les difficultés de la population palestinienne. Les ONG dénoncent un système à deux vitesses qui sape l’efficacité des efforts humanitaires dirigés par l’ONU. Sam Rose, directeur intérimaire de l’UNRWA à Gaza, précise que « la seule façon d’obtenir un générateur actuellement est par le secteur privé, avec une majoration importante ».

Pressions internationales et coordination avec les États-Unis

Le commandant américain de la nouvelle base de l’US Forces dans le sud d’Israël a été informé de ces restrictions et a discuté avec diplomates et humanitaires au Centre de coordination civil-militaire (CMCC), mis en place pour surveiller le cessez-le-feu négocié par Donald Trump et planifier l’avenir de Gaza. Cependant, malgré ces discussions, aucune levée des restrictions n’a eu lieu sur les articles humanitaires essentiels, comme les poteaux de tente pour l’hiver.

Historique des restrictions et blocus

Le contrôle israélien des biens entrant à Gaza ne date pas d’aujourd’hui. Depuis le retrait des troupes et colons en 2005, Israël maintient un contrôle strict des frontières et impose un blocus. Les restrictions sur les biens essentiels à la population sont vues comme un levier de contrôle politique et économique, et non uniquement comme des mesures de sécurité.

Conséquences et critiques

Ces restrictions parallèles contribuent à la constitution d’une économie illégale et à des tensions humanitaires critiques. Le système à deux vitesses affaiblit la capacité des ONG à fournir une aide indispensable, en particulier pendant les périodes hivernales où la famine et l’hypothermie menacent la vie des enfants. Les observateurs internationaux critiquent également la politique israélienne, la qualifiant d’instrumentalisant l’aide pour des objectifs politiques et militaires.

About Us

Brussels Morning is a daily online newspaper based in Belgium. BM publishes unique and independent coverage on international and European affairs. With a Europe-wide perspective, BM covers policies and politics of the EU, significant Member State developments, and looks at the international agenda with a European perspective.
Partager cet article.
Follow:
Sarhan Basem est le correspondant principal de *Brussels Morning* au Parlement européen. Titulaire d'une licence en littérature anglaise, Sarhan apporte une combinaison unique de finesse linguistique et de capacité analytique à ses reportages. Spécialisé dans les affaires étrangères, les droits de l'homme, les libertés civiles et les questions de sécurité, il explore en profondeur les subtilités de la politique mondiale pour offrir des commentaires perspicaces et une couverture approfondie. En dehors du journalisme, Sarhan est un voyageur passionné, découvrant de nouvelles cultures et cuisines, et aime se détendre avec un bon livre ou profiter d'aventures en plein air dès que possible.
The Brussels Morning Newspaper Logo

Subscribe for Latest Updates