L’Espagne s’oppose aux centres de retour hors des frontières de l’Union européenne

Editorial Team

Madrid (Le Journal de Bruxelles) 21 janvier 2026 – L’Espagne a voté contre un accord du Conseil de l’UE autorisant la création de centres de retour des migrants dans des pays tiers. Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska s’est isolé lors des discussions des 8 et 9 décembre à Bruxelles. Madrid conteste également le mécanisme de solidarité pour 2026, jugé insuffisant.

Le gouvernement espagnol rejette fermement la mise en place de centres de retour extraterritoriaux, considérant cette mesure contraire à sa vision de la migration. Cet accord, approuvé par une majorité d’États membres, prévoit des installations en pays tiers pour accélérer les expulsions de migrants irréguliers. L’Espagne plaide pour des quotas de réinstallation plus élevés au sein de l’UE.

Pourquoi l’Espagne a-t-elle voté contre l’accord européen ?

L’Espagne s’est retrouvée isolée à Bruxelles les 8 et 9 décembre, après que le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a voté contre un accord du Conseil ouvrant la voie à la création de centres de retour des migrants dans des pays tiers. Selon VisaHQ, cet accord fixe également un quota de solidarité annuel inférieur aux attentes pour la réinstallation des demandeurs d’asile au sein du bloc.

Le mécanisme de solidarité pour 2026 prévoit 21 000 réinstallations et 420 millions d’euros de contributions financières. Cela reste bien en deçà des 30 000 réinstallations et 600 millions d’euros initialement proposés par la Commission européenne et soutenus par Madrid. Le gouvernement espagnol proteste contre ces chiffres réduits.

Parallèlement, cet accord s’inscrit dans un effort global pour durcir les règles migratoires de l’UE. Il autorise les États membres à établir des centres de transit ou de détention prolongée en pays tiers, avant le renvoi des migrants vers leur pays d’origine. L’Espagne, qui fait face à des arrivées importantes via les îles Canaries, préfère une approche plus solidaire au sein de l’Union.

Quel est le contexte de cet accord européen sur les retours ?

Les ministres de l’Intérieur de l’UE ont approuvé ce texte pour intensifier les expulsions, comme rapporté par Euronews. La loi doit encore être validée par le Parlement européen avant d’entrer en vigueur. Elle vise à rendre plus difficile l’entrée des immigrés clandestins et à accélérer leur sortie, sous la pression de l’opinion publique et des nouvelles majorités politiques.

Seules 20 % des décisions de retour sont actuellement exécutées dans l’UE, selon les données de la Commission européenne. La nouvelle législation prévoit des conséquences plus sévères pour les non-coopératifs, comme le retrait de permis de travail ou des sanctions pénales, y compris des peines d’emprisonnement. Le ministre danois de l’immigration, Rasmus Stoklund, a salué ces centres comme des installations de transit ou de détention.

Ces mesures font partie du pacte européen sur la migration et l’asile, qui prendra effet le 12 juin 2026, selon Vie Publique. Les franchissements irréguliers des frontières ont baissé de 22 % au cours des neuf premiers mois de 2025, pour un total de 133 400. En 2025, 51 025 étrangers en situation irrégulière ont fait l’objet d’une décision de retour en Espagne.

Quelles critiques soulèvent les organisations de la société civile ?

Plus de 100 organisations, dont Amnesty International, ActionAid, Caritas Europa et Human Rights Watch, ont dénoncé ces centres comme une pratique inhumaine. Dans une déclaration commune de juillet, elles avertissent d’un risque d’éloignement du droit international, avec des retours illégaux et des détentions arbitraires. Les associations craignent une augmentation des abus et des violations des droits humains.

La directive « retour » de 2008 fait l’objet de critiques multiples, selon un exposé des motifs du Sénat français. Une majorité d’États membres pousse pour une refonte, facilitant le recours à des « pays d’origine sûr » ou « pays tiers sûr ». Les ONG de défense des migrants dénoncent ces positions.

Quelle est la position migratoire de l’Espagne face à l’Europe ?

L’Espagne adopte une ligne plus libérale sur la migration au sein du bloc, souligne VisaHQ. Bien que Madrid ait perdu le vote, elle montre sa détermination à réclamer des quotas de réinstallation plus élevés lors des négociations budgétaires de 2026. Le gouvernement envisage de mobiliser des fonds nationaux supplémentaires pour les zones d’accueil si le soutien européen reste insuffisant.

En mai 2025, l’Espagne a lancé sa neuvième campagne de régularisation extraordinaire, facilitant des titres de séjour pour des dizaines de milliers de migrants, selon Vues d’Europe. Le Premier ministre Pedro Sánchez, du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), défend l’immigration comme un atout face au vieillissement démographique et aux pénuries de main-d’œuvre. « L’Espagne doit choisir entre être un pays ouvert et prospère ou fermé et pauvre », a-t-il déclaré.

Cette politique contraste avec le durcissement européen. Madrid externalise néanmoins le contrôle de ses frontières à des pays comme le Maroc et la Mauritanie. Le gouvernement appelle aussi à accélérer l’entrée en vigueur du pacte migratoire, malgré ses impacts sur les droits des migrants.

Élisa Brey analyse que l’Espagne n’est pas traditionnellement un pays d’asile, mais base sa politique sur les flux de main-d’œuvre, non sur la protection. La réforme de 2025 renforce les droits des travailleurs saisonniers et permet une régularisation temporaire pour les demandeurs d’asile déboutés.

Les retours forcés ont augmenté de 47 % entre 2024 et 2025 dans l’UE, avec une procédure simplifiée à la frontière. L’Espagne, avec ses 57 075 décisions de retour en 2025 après la France et l’Allemagne, reste un point d’entrée majeur depuis l’Afrique.

Cet accord marque une étape vers une gestion plus uniforme des retours, malgré les oppositions. L’Espagne continuera de défendre une solidarité accrue, tandis que le pacte migratoire redéfinit les règles à partir de mi-2026. Les tensions persistent entre États du Sud et du Nord sur le partage des charges migratoires.

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