Ukarine (Le Journal de Bruxelles) – Les dirigeants européens ont échangé pour aligner leurs positions sur la paix et les garanties de sécurité pour l’Ukraine avant la rencontre Zelenskyy-Trump. Les discussions ont porté sur le processus de paix, la reconstruction et la nécessité de transparence, y compris de la part de la Russie. Les participants ont aussi souligné que l’adhésion future de l’Ukraine à l’UE est vue comme une garantie clé pour la sécurité européenne.
Appel des dirigeants dans le « format de Berlin »
Les capitales européennes ont renforcé leur coordination sur l’Ukraine alors que l’activité diplomatique s’intensifie autour de la guerre russo-ukrainienne.
Des dirigeants européens ont tenu une conférence téléphonique à l’initiative du chancelier allemand Friedrich Merz afin d’évoquer les négociations en cours liées au conflit. Merz a ensuite qualifié l’échange de « nouvelles consultations dans le format de Berlin avec nos partenaires européens et canadiens », ajoutant :
« Nous faisons avancer le processus de paix. Désormais, transparence et honnêteté sont requises de la part de tous – cela vaut aussi pour la Russie. »
En invoquant le « format de Berlin », Merz a signalé la volonté de l’Allemagne de rester au cœur de la coordination diplomatique européenne sur l’Ukraine, tout en y associant des partenaires transatlantiques.
Participants et contexte politique
Selon les informations communiquées, l’appel a réuni plusieurs figures européennes clés ainsi que des partenaires canadiens. Le Premier ministre polonais Donald Tusk y a également participé, soulignant le rôle actif de Varsovie comme l’un des soutiens les plus affirmés de Kyiv au sein de l’UE.
La discussion intervient à un moment où les capitales occidentales cherchent à consolider des garanties de sécurité à long terme pour l’Ukraine, tandis que l’attention publique se concentre sur la prochaine rencontre entre le président Volodymyr Zelenskyy et le président Donald Trump en Floride.
Accent sur les pourparlers de paix et des évaluations communes
Les dirigeants ont utilisé cet échange pour harmoniser leur lecture de la situation sur le terrain et de la dynamique diplomatique.
Le président finlandais Alexander Stubb a indiqué que Merz avait organisé la conversation, centrée sur l’état actuel des discussions de paix. Il a écrit que « cet échange est très utile pour consolider nos évaluations communes de la situation globale. Nous continuerons à travailler ensemble avec nos amis ukrainiens et américains dans les jours et semaines à venir ».
Ces propos soulignent un double objectif : aligner les positions européennes en interne et veiller à ce que toute position européenne reste étroitement coordonnée avec Kyiv et Washington.
Transparence et attentes vis-à-vis de la Russie
Le chancelier Merz a insisté sur le fait que le processus de paix exige de la franchise de la part de toutes les parties, indiquant clairement que l’appel ne portait pas uniquement sur les engagements de l’Ukraine.
« Désormais, transparence et honnêteté sont requises de la part de tous – cela vaut aussi pour la Russie », a-t-il déclaré.
Ce message signifie que Berlin attend de Moscou une participation aux discussions sans arrière-pensées ni tentatives de division des partenaires occidentaux.
Von der Leyen lie sécurité et adhésion à l’UE
L’exécutif européen a profité de l’occasion pour réaffirmer une vision stratégique de l’avenir de l’Ukraine.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié l’appel de « bonne discussion » et précisé que les échanges avaient porté sur le soutien à l’Ukraine, sa sécurité et sa future reconstruction. Ses propos montrent que les dirigeants européens réfléchissent au-delà des besoins militaires immédiats, en direction d’une stabilisation économique et institutionnelle de long terme.
L’adhésion à l’UE comme garantie de sécurité
Von der Leyen est allée plus loin en affirmant que l’élargissement de l’UE constitue en soi un pilier de l’architecture de sécurité européenne.
« La prospérité d’une Ukraine libre passe par son adhésion à l’UE. Cela constitue en soi une garantie de sécurité essentielle. Non seulement les pays qui rejoignent l’UE en bénéficient, mais les vagues successives d’élargissement ont montré que c’est un avantage pour toute l’Europe », a-t-elle déclaré.
En présentant l’adhésion comme une « garantie de sécurité clé », elle a positionné la trajectoire européenne de l’Ukraine non comme un geste symbolique, mais comme un moyen structurel d’ancrer le pays dans les systèmes juridiques, économiques et sécuritaires européens.
Rôle de la Pologne et du Canada dans la coordination
L’appel reflète également la large coalition formée autour de l’Ukraine depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a participé à la discussion. La Pologne plaide de longue date pour des garanties de sécurité solides et pour le maintien d’un haut niveau de soutien militaire et financier à l’Ukraine. Sa présence renforce le message selon lequel les États de première ligne en Europe centrale et orientale jouent un rôle central dans la réponse occidentale.
Implication canadienne
Merz a fait référence à « nos partenaires européens et canadiens », et le résumé de l’échange mentionne qu’une conversation similaire avec des dirigeants européens et le Premier ministre canadien a eu lieu avant la rencontre de Zelenskyy avec Trump en Floride.
Cela souligne le rôle constant du Canada au sein de la coalition transatlantique, non seulement comme contributeur à l’aide, mais aussi comme acteur de la coordination diplomatique autour de l’Ukraine.
Lien avec la rencontre Trump–Zelenskyy
Le calendrier et le cadrage des discussions européennes sont étroitement liés à l’engagement de Zelenskyy avec Washington.
Le rapport indique qu’un échange similaire entre dirigeants européens et le Premier ministre canadien s’est tenu avant la rencontre de Zelenskyy avec Trump en Floride. Ce schéma suggère un effort délibéré pour garantir que le président ukrainien arrive à ses entretiens avec le président américain soutenu par une position européenne cohérente et clairement formulée.
Pour les capitales européennes, cette rencontre en Floride représente à la fois une opportunité et un risque : l’opportunité d’obtenir des engagements américains plus forts si les positions convergent, et le risque de messages contradictoires si les partenaires transatlantiques apparaissent divisés. Les appels initiés par Berlin visent précisément à limiter ce risque.
La « coalition des volontaires » à Paris
Au-delà de cet appel, d’autres étapes sont déjà prévues concernant les garanties de sécurité.
Le président français Emmanuel Macron a annoncé une réunion de la « coalition des volontaires » à Paris début janvier, au cours de laquelle les contributions concrètes de chaque État au système de garanties de sécurité pour l’Ukraine devraient être finalisées. Cette expression désigne un groupe de pays prêts à s’engager de manière plus ambitieuse, voire plus contraignante, notamment par une assistance militaire de long terme, des programmes de formation, une coopération industrielle de défense et d’éventuels accords bilatéraux de sécurité.
La réunion prévue par Macron doit donner un contenu tangible aux discussions, en transformant évaluations et intentions politiques en engagements précis.
Une architecture émergente de garanties de sécurité
Pris ensemble, ces développements illustrent la mise en place progressive d’un cadre de sécurité pour l’Ukraine.
Jusqu’à présent, le soutien s’est principalement matérialisé par des aides militaires nationales, une assistance économique et des sanctions contre la Russie. Les discussions sur des « garanties de sécurité » indiquent un glissement vers des engagements plus structurés et pluriannuels, susceptibles d’inclure des livraisons d’armes, des missions de formation, des systèmes de défense aérienne et une interopérabilité accrue entre les forces ukrainiennes et celles de l’OTAN.
L’appel au format de Berlin, la rencontre en Floride et le sommet à venir à Paris constituent autant de pièces de cette architecture en construction.
Équilibre entre pourparlers de paix et dissuasion
Les dirigeants européens doivent également concilier le soutien aux discussions de paix avec la nécessité de maintenir une dissuasion crédible. En exigeant « transparence et honnêteté » de toutes les parties, y compris de la Russie, Merz et ses homologues signalent qu’un règlement ne peut reposer que sur des engagements vérifiables, et non sur de simples concessions verbales.
Parallèlement, en liant l’avenir de l’Ukraine à l’adhésion à l’UE et à des garanties de sécurité multilatérales, ils entendent affirmer que la souveraineté ukrainienne et son ancrage européen ne sont pas négociables dans tout accord durable.
Dynamiques internes de l’UE et unité
Cet appel reflète aussi des considérations internes à l’Union européenne.
Les États membres diffèrent par leur proximité géographique avec la Russie et par leur exposition économique aux retombées du conflit. Des échanges de ce type offrent un cadre pour rapprocher ces perspectives divergentes et forger ce que Stubb a appelé « nos évaluations communes de la situation globale ».
De telles évaluations communes sont indispensables pour préserver l’unité de l’UE sur les sanctions, l’aide financière et les décisions d’élargissement, qui requièrent un consensus ou, à tout le moins, un large accord.
L’élargissement comme projet collectif
Les propos de von der Leyen sur les bénéfices des vagues successives d’élargissement pour « toute l’Europe » peuvent également être lus comme un message interne à destination des États membres plus sceptiques.
En mettant en avant les gains collectifs des précédents élargissements, elle cherche à renforcer le soutien à l’adhésion future de l’Ukraine comme un investissement stratégique partagé, plutôt qu’une charge unilatérale.
Perspectives : prochaines étapes dans les semaines à venir
Avec plusieurs échéances majeures à l’horizon, le rythme diplomatique devrait encore s’accélérer.
À court terme, l’attention se portera sur les résultats de la rencontre Trump–Zelenskyy en Floride et sur d’éventuels engagements publics des États-Unis en matière de soutien ou de garanties de sécurité. Les dirigeants européens suivront de près ces signaux pour affiner leurs propres positions.
Feuille de route à moyen terme
À plus moyen terme, la réunion parisienne de la « coalition des volontaires » début janvier devrait traduire le soutien politique général en engagements nationaux concrets au profit du dispositif de garanties de sécurité pour l’Ukraine. Parallèlement, les institutions européennes, sous l’impulsion de von der Leyen, poursuivront les travaux sur le parcours d’adhésion de l’Ukraine et sur son cadre de reconstruction.
Pris dans leur ensemble, l’appel initié par Berlin, les discussions en Floride et le sommet à venir à Paris suggèrent que l’architecture future de la sécurité ukrainienne se construira par une série d’engagements européens et transatlantiques étroitement coordonnés, plutôt que par un unique grand accord.