Trump clôt sa première année par une offensive diplomatique

Cesar Sabas
Credit: Photograph: AP

America (Le Journal de Bruxelles) – Donald Trump termine la première année de son second mandat par une intense activité diplomatique, accueillant des dirigeants internationaux et ordonnant des frappes à l’étranger, tout en cherchant à asseoir un héritage fondé sur la paix et le commerce. Malgré ces efforts, des responsables républicains estiment que les électeurs restent préoccupés par l’économie, et des critiques internes questionnent ses priorités. Les sondages montrent Trump en difficulté sur la politique étrangère comme sur l’économie. Ces fragilités apparaissent à l’approche des élections de mi-mandat de 2026.

Trump clôt l’année par une offensive de politique étrangère

Donald Trump passe les dernières semaines de 2025 à son domaine de Mar-a-Lago en Floride, utilisant la pause hivernale pour mettre en avant son rôle sur la scène internationale. Le président américain, dans la première année de son second mandat, a rempli son agenda de réunions à enjeux élevés et de décisions militaires, soulignant combien les affaires étrangères sont devenues centrales dans son identité politique.

Selon le reportage original, Trump a reçu à Mar-a-Lago le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à quelques jours d’intervalle. Ces rencontres ont été accompagnées d’annonces de frappes militaires américaines à l’étranger, le présentant comme un commandant en chef actif, garant de la sécurité mondiale.

Frappes au Nigeria et au Venezuela

La diplomatie de fin d’année du président s’est accompagnée d’un recours à la force. Le jour de Noël, Trump a annoncé des frappes contre des cibles de l’État islamique au Nigeria, visant à perturber les réseaux de l’EI hors du Moyen-Orient. Deux jours plus tard, le 26 décembre, il a indiqué que les États-Unis avaient frappé une « zone de mise en œuvre » au Venezuela liée à des bateaux de drogue, dans un contexte de tensions croissantes avec Caracas.

La succession de frappes, annoncée publiquement, a été présentée par la Maison-Blanche comme une preuve de la volonté de Trump d’agir avec détermination à l’étranger. Elle ajoute également un aspect militaire à un récit de politique étrangère centré sur la négociation et les sommets.

Rencontre avec Netanyahu dans un contexte de tensions au Moyen-Orient

Le focus de Trump sur la politique étrangère a été manifeste lors de sa rencontre avec Netanyahu à Mar-a-Lago. Le Premier ministre israélien a répondu aux questions des journalistes, presque toutes axées sur les points chauds mondiaux, soulignant l’importance des affaires internationales dans les apparitions publiques du président.

Lors de ces échanges, Trump a évoqué la récente frappe américaine au Venezuela, la qualifiant de ciblage d’une « zone de mise en œuvre » pour les bateaux de drogue. Il a également abordé ses efforts pour maintenir un cessez-le-feu fragile entre Israël et le Hamas, et répondu à des questions sur d’éventuelles frappes israéliennes sur l’Iran. Il a mentionné un récent appel « productif » avec le président russe Vladimir Poutine, au cours duquel ils ont discuté de l’Ukraine et des attaques de drones.

Trump a été entendu en train de dire à Netanyahu qu’il croyait avoir utilisé le commerce pour désamorcer des conflits entre d’autres pays :

« Est-ce que je mérite du crédit ? Non. J’en ai fait huit. Et l’Inde et le Pakistan ? J’en ai fait huit. Et ils ne vous disent pas le reste. »

Rencontres avec Zelensky sur la paix en Ukraine

La rencontre avec Netanyahu a eu lieu un jour après l’accueil de Zelensky à Mar-a-Lago pour des discussions qualifiées de « haute importance » par la Maison-Blanche, portant sur un possible plan de paix pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Trump a suggéré à plusieurs reprises qu’il pouvait faciliter un accord entre Kyiv et Moscou, ayant passé l’année en contact avec Zelensky et Poutine.

Début décembre, Trump avait laissé entendre que le président égyptien pourrait également le rencontrer à Mar-a-Lago avant la fin de l’année, signalant son souhait de faire de son domaine un centre diplomatique autant qu’un lieu de retraite personnelle.

Une année de voyages et de revendications de médiation

La diplomatie de fin d’année conclut une année intensive de voyages à l’étranger et de sommets. En 2025, Trump s’est rendu en Italie, au Vatican, en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, au Royaume-Uni, en Israël, au Japon, au Canada, en Corée du Sud et en Malaisie. Ces déplacements ont été présentés comme des efforts pour conclure de nouveaux accords de paix et commerciaux.

Au Moyen-Orient, Trump a consacré des mois à négocier un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Parallèlement, il a dialogué à plusieurs reprises avec les dirigeants ukrainien et russe, y compris lors d’un sommet en personne avec Poutine en Alaska, pour tenter de mettre fin à la guerre en Ukraine.

Ses partisans ont utilisé ces initiatives pour plaider en faveur d’une reconnaissance internationale. Des alliés ont ouvertement fait campagne pour qu’il reçoive le prix Nobel de la paix, tandis que des figures telles que Netanyahu et le président de la FIFA ont cherché à le récompenser pour son rôle de médiateur et son rayonnement mondial.

Critiques internes sur les priorités

Malgré cette activité étrangère intense, tous les républicains ne sont pas convaincus que l’attention de Trump corresponde aux préoccupations des électeurs. Un stratège républicain, cité sous couvert d’anonymat, a estimé que Trump et la Maison-Blanche devaient mieux démontrer comment leurs politiques améliorent la situation financière des Américains.

« Trump se concentre sur les affaires étrangères. Où est son énergie ? » a-t-il demandé. « Ce n’est pas le moment idéal pour l’électeur, personne n’essaie vraiment de faire valoir cet argument. »

La représentante Marjorie Taylor Greene, proche de Trump mais récemment en rupture avec lui, a exprimé sa frustration sur les réseaux sociaux face à son attention portée aux affaires internationales : « Zelensky aujourd’hui. Netanyahu demain. Pouvons-nous juste nous concentrer sur l’Amérique ? » Greene démissionnera prochainement du Congrès, soulignant les tensions au sein du parti républicain.

La Maison-Blanche défend son bilan intérieur

Les responsables de la Maison-Blanche contestent l’idée que Trump néglige les priorités domestiques. Ils mettent en avant des décrets exécutifs renforçant le contrôle de l’immigration, notamment à la frontière sud, et l’adoption d’un important paquet fiscal et budgétaire durant l’été pour soutenir la croissance et l’investissement.

Concernant la santé, les aides citent les efforts de Trump pour réduire le prix des médicaments sur ordonnance, notamment via des accords de « nation la plus favorisée » liant les prix américains à ceux d’autres pays avancés. Selon eux, ces mesures constituent un agenda intérieur solide, parallèle à sa politique étrangère.

Les alliés de Trump soutiennent que ses actions à l’étranger génèrent des bénéfices concrets aux États-Unis. Ils affirment que les accords commerciaux avec l’Union européenne, le Japon et le Royaume-Uni ouvrent des marchés pour les exportateurs américains et sécurisent les chaînes d’approvisionnement, et que les actions contre le Venezuela renforcent la sécurité en limitant le trafic de drogue et l’immigration illégale.

Les sondages montrent un faible impact de la politique étrangère

Malgré la défense de la Maison-Blanche et un calendrier international chargé, les sondages récents indiquent que les électeurs n’ont pas beaucoup récompensé Trump pour son activisme international. Une enquête de Quinnipiac publiée en décembre montre un taux d’approbation global en baisse, avec seulement 40 % des répondants satisfaits de sa gestion et une majorité désapprouvant.

Sur la politique étrangère, 41 % approuvent contre 54 % de désapprobation. Ces chiffres montrent que, malgré les efforts et les dépenses politiques à l’étranger, de nombreux électeurs restent sceptiques sur sa gestion des affaires internationales. Les stratèges s’accordent à dire que les élections de mi-mandat de 2026 dépendront davantage de l’économie que de la politique étrangère, mettant l’accent sur la perception des électeurs de leur situation financière.

La perception économique reste un point faible

Le bilan économique de Trump constitue un autre sujet préoccupant. L’enquête de Quinnipiac indique que 40 % des répondants approuvent sa gestion de l’économie contre 57 % de désapprobation, confirmant la croissance de l’insatisfaction.

La Maison-Blanche met en avant le ralentissement de l’inflation et la croissance continue du PIB pour justifier la réussite de la politique économique. Cependant, les sondages suggèrent que de nombreux électeurs ne ressentent pas encore ces améliorations dans leur vie quotidienne, ou n’attribuent pas ces gains à Trump.

Les stratèges républicains préviennent que, sans un argumentaire clair sur les questions économiques, les tournées diplomatiques et initiatives de paix pourraient peu protéger le parti d’un éventuel reflux lors des élections de mi-mandat de 2026.

Concilier héritage international et enjeux nationaux

L’agenda de fin d’année à Mar-a-Lago illustre la tension centrale du second mandat : un président désireux de laisser un héritage de négociateur et de pacificateur à l’étranger, tout en faisant face aux inquiétudes économiques nationales et aux questions sur ses priorités au sein de son propre parti.

Ses rencontres avec Zelensky et Netanyahu, les frappes au Nigeria et au Venezuela, et ses efforts sur les cessez-le-feu et les accords commerciaux présentent l’image d’un dirigeant profondément investi dans la politique étrangère. Le défi pour 2026 sera de savoir si ce focus international peut coexister avec, ou s’harmoniser à, les préoccupations économiques des électeurs.

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Cesar Sabas est un expert en sécurité et défense basé à l'Université de Toulouse.
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