Taïwan Reste Vigilant Après Retrait Naval Chinois

Lailuma Sadid
Credit: REUTERS

Taïwan reste en alerte après le retrait des navires chinois suite à d’importants exercices militaires autour de l’île. Le président Lai Ching-te assure une défense constante tandis que Pékin déployait des forces inédites, dont le porte-avions Shandong, pour répondre aux déclarations sur la souveraineté taïwanaise. Taipei suit de près la situation malgré une désescalade apparente. Ces événements, survenus mercredi dans le détroit de Taïwan, illustrent la fragilité régionale.

Retrait complet des forces navales chinoises

Le ministère de la Défense de Taïwan a rapporté mercredi que les navires de guerre chinois s’étaient retirés des eaux entourant l’île après avoir achevé de vastes exercices militaires.

Ces manœuvres, présentées par Pékin comme une punition suite au discours national récent du président Lai Ching-te, ont impliqué des déploiements sans précédent, incluant le porte-avions Shandong et de nombreux autres navires de guerre.

Les forces taïwanaises ont maintenu une vigilance accrue tout au long des exercices, suivant les mouvements de l’Armée populaire de libération dans six zones identifiées autour de l’île.

Contexte de la réponse militaire de Pékin

Les exercices ont suivi le discours du 31 décembre de Lai réaffirmant l’identité distincte de Taïwan par rapport à la Chine continentale, que Pékin a qualifiée de « séparatiste ».

Selon Reuters, la Chine a mobilisé plus de 100 avions et 40 navires de guerre dans ce que Taipei a décrit comme l’opération la plus massive depuis 1996.

Des exercices de tirs réels ont simulé des blocus et des attaques sur des ports clés, avec des incursions dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan atteignant des niveaux records.

Ces actions illustrent la volonté de Pékin d’envoyer un signal fort tout en testant ses capacités d’assaut amphibie et de supériorité maritime intégrée.

Position ferme de la direction taïwanaise

Le président Lai Ching-te s’est adressé à la nation après les manœuvres, affirmant que Taïwan ne céderait pas face à la coercition.

« Nous continuerons à renforcer notre défense nationale et à améliorer notre capacité à répondre aux menaces »,

a déclaré Lai selon les communiqués du ministère.

Le dirigeant du Parti progressiste démocratique a rejeté les demandes d’unification de Pékin, considérant les exercices comme une posture agressive plutôt que comme des manœuvres légitimes.

Cette position souligne la détermination de Taipei à maintenir son autonomie malgré la pression militaire chinoise.

Réaction du commandement oriental de l’APL

Le commandement oriental chinois a décrit les opérations comme un « avertissement sévère » aux forces « séparatistes ».

Le colonel Li Xi a précisé que les exercices ont testé les frappes combinées, la supériorité maritime intégrée et les capacités de saisie d’îles.

Des images ont été diffusées montrant des chasseurs embarqués sur le porte-avions, des destroyers et des sous-marins exécutant des assauts simulés sur Taïwan.

Cette démonstration de force vise à intimider tout mouvement indépendantiste tout en affirmant la modernisation de l’APL.

Implications stratégiques pour le détroit de Taïwan

Le retrait naval réduit l’encerclement immédiat mais maintient des tensions sous-jacentes importantes.

Taïwan reste vigilante face à d’éventuelles tactiques de « zone grise », incluant le harcèlement par des milices de pêcheurs et des incursions de drones.

Le commandement indo-pacifique américain a exprimé ses inquiétudes, réaffirmant son engagement pour la stabilité régionale sans intervention directe.

La situation met en lumière la complexité de la sécurité dans le détroit et la nécessité pour Taïwan de rester prête à toute escalade.

Modèle historique des exercices chinois

Les manœuvres de mercredi rappellent les opérations de 2022 après la visite de Nancy Pelosi à Taïwan.

En 2024, les patrouilles « normalisées » sont devenues mensuelles et ont évolué vers des blocus complets lors d’élections et de discours politiques.

Taïwan signale quotidiennement 20 à 30 violations de la ligne médiane par des avions de l’APL.

Ces actions s’inscrivent dans une stratégie de pression militaire répétitive visant à intimider Taipei tout en testant la résilience taïwanaise.

Réactions internationales et surveillance

Le Japon a protesté contre les incursions chinoises dans sa zone contiguë pendant les exercices.

Les Philippines ont renforcé leurs patrouilles maritimes face aux tensions parallèles en mer de Chine méridionale.

Les pays de l’ASEAN ont appelé à la retenue tout en développant leurs liens de défense avec Taïwan.

Ces réactions soulignent l’importance régionale des exercices et l’attention internationale portée au détroit de Taïwan.

Posture de défense asymétrique de Taïwan

L’île mise sur une stratégie « porcupine », privilégiant missiles mobiles, drones et sous-marins pour sa défense.

Les récents packages d’armement américains incluent missiles Harpoon, systèmes HIMARS et modernisations des F-16.

Le service militaire a été prolongé à un an avec mobilisation des réservistes après les manœuvres.

Cette posture vise à maximiser la dissuasion face aux capacités amphibies et hypersoniques chinoises.

Répercussions économiques des exercices de blocus

Les simulations de fermeture ont testé la vulnérabilité de Taïwan dans le secteur des semi-conducteurs.

TSMC a prévu des plans de contingence incluant des usines au Japon et aux États-Unis pour diversifier la chaîne d’approvisionnement.

Les marchés mondiaux surveillent la sécurité des passages du détroit, qui transporte 50 % du trafic conteneurisé.

Les exercices illustrent l’impact potentiel des tensions militaires sur l’économie globale.

Escalade rhétorique de Pékin sur l’unification

Xi Jinping a réitéré l’inévitabilité de la « réunification » dans son allocution de fin d’année.

La modernisation de l’APL vise des capacités d’assaut amphibie d’ici 2027.

La loi anti-sécession autorise l’usage de la force contre toute déclaration formelle d’indépendance.

Cette rhétorique renforce la pression politique et militaire sur Taïwan malgré la désescalade apparente.

Soutien interne au gouvernement Lai

Les sondages montrent que 80 % des Taïwanais s’identifient d’abord comme tels, rejetant le concept de « Chine unique ».

Le cabinet a approuvé une augmentation de 20 milliards de dollars du budget de défense ciblant les menaces hypersoniques.

Les exercices ont également élargi les drills de défense civile dans les zones urbaines.

Cette mobilisation démontre le soutien populaire et la préparation accrue de Taïwan face aux menaces.

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Lailuma Sadid est une ancienne diplomate à l'ambassade de la République Islamique d'Afghanistan auprès du Royaume de Belgique, en charge des affaires liées à l'OTAN. Elle a suivi des formations à l'OTAN et a été intervenante lors d'événements au siège de l'OTAN à Bruxelles, ainsi qu'aux Pays-Bas, en Allemagne, en Estonie et en Azerbaïdjan. Sadid a également été reporter politique pour l'agence de presse Pajhwok, couvrant la conférence de Londres en 2006 et le sommet de Lisbonne en 2010.
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