China (Le Journal de Bruxelles) – La Chine a menacé d’annuler des discussions commerciales avec le Royaume-Uni après la visite à Taïwan de l’ex-ministre Douglas Alexander, jugée sensible par Pékin. Des démarches diplomatiques ont toutefois permis de préserver le dialogue économique bilatéral. Les pourparlers ont finalement eu lieu à Pékin début septembre, débouchant sur environ 1 milliard de livres sterling d’accords. L’épisode illustre la forte sensibilité chinoise sur Taïwan, malgré les liens économiques officieux durables entre Londres et Taipei.
Visite discrète d’Alexander à Taïwan
La Chine a menacé plus tôt cette année d’annuler des discussions commerciales de haut niveau avec le Royaume-Uni après la visite à Taïwan d’un ministre britannique.
Cette initiative risquait de compromettre la Commission commerciale et économique Royaume-Uni–Chine (Jetco), qui a finalement été maintenue après des démarches diplomatiques discrètes visant à contenir les retombées avec Pékin.
Peter Kyle s’est rendu en Chine pour ces pourparlers début septembre, quelques jours après sa nomination au poste de secrétaire aux Entreprises et au Commerce.
Selon des sources britanniques informées, la menace chinoise est intervenue après la visite de Douglas Alexander à Taipei les 29 et 30 juin, où il a rencontré le président taïwanais Lai Ching-te.
Lors de ce déplacement peu médiatisé au Royaume-Uni, Alexander, aujourd’hui secrétaire d’État pour l’Écosse, a également échangé avec son homologue Cynthia Kiang et promis de renforcer les échanges dans des secteurs clés.
Extrême sensibilité de Pékin à la question taïwanaise
Pékin se montre extrêmement sensible à tout engagement étranger avec Taïwan, qu’il considère comme une province séparatiste destinée à revenir sous son contrôle.
Les autorités chinoises redoutent à terme une tentative d’annexion par la force.
Taïwan n’a jamais été gouvernée par la République populaire de Chine et dispose de sa propre constitution.
Sa population s’oppose de plus en plus aux revendications de souveraineté de Pékin, élisant des dirigeants déterminés à préserver son statut d’autonomie.
Interventions diplomatiques antérieures
L’an dernier, les autorités britanniques avaient déjà différé une visite prévue de l’ancienne présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, afin d’éviter un chevauchement avec un déplacement officiel du chef de la diplomatie britannique en Chine.
Pékin avait également vivement condamné la visite d’une délégation parlementaire britannique à Taïwan au printemps 2024.
Le Royaume-Uni ne reconnaît pas Taïwan comme un État, mais entretient depuis longtemps des relations officieuses, notamment par des échanges ministériels engagés depuis 1991.
Les échanges commerciaux bilatéraux entre le Royaume-Uni et Taïwan ont atteint 9,3 milliards de livres sterling l’an dernier.
Navires britanniques et tensions régionales
Des navires de guerre britanniques ont participé ces dernières années à des opérations dans les eaux entourant Taïwan, suscitant l’irritation de Pékin.
Dans le même temps, les ministres britanniques font face à des pressions politiques concernant le rapprochement diplomatique avec la Chine.
Projet controversé de super-ambassade chinoise
Le gouvernement britannique se prépare à approuver un projet controversé de super-ambassade chinoise près de Tower Bridge à Londres, après l’aval des services de sécurité.
Le Premier ministre prévoit un déplacement à Pékin fin janvier pour sa première visite bilatérale.
Des critiques estiment que ce projet présente des risques pour la sécurité, alors que les services de renseignement mettent en garde contre des activités d’espionnage à grande échelle.
Le gouvernement soutient toutefois que la centralisation des sites diplomatiques chinois renforcerait la sécurité.
Réponse officielle du gouvernement
Un porte-parole du gouvernement a déclaré que le Royaume-Uni continuait d’échanger avec la Chine sur des questions commerciales conformes à ses intérêts nationaux.
Il a souligné que la position britannique sur Taïwan n’avait pas changé et que cette visite s’inscrivait dans le cadre habituel des relations existantes.
Les autorités ont ajouté que les discussions Jetco de septembre devraient permettre de sécuriser environ 1 milliard de livres sterling d’accords d’accès au marché sur cinq ans, les premières depuis 2018.
Enjeux commerciaux et équilibre diplomatique
Les échanges avec Taïwan couvrent notamment les semi-conducteurs, les machines et les produits pharmaceutiques.
Les engagements pris visaient aussi les technologies vertes, l’intelligence artificielle et les minerais critiques, dans une stratégie de diversification économique.
L’épisode met en lumière les tensions entre opportunités économiques, impératifs de sécurité et sensibilité de la question taïwanaise dans la politique étrangère britannique.