Starmer affirme l’autodétermination du Groenland face aux tensions américaines

Sarhan Basem
Credit: Getty Images

Greenland (Le Journal de Bruxelles) – Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé que l’avenir du Groenland ne pouvait être décidé par des puissances extérieures, soutenant la Première ministre danoise Mette Frederiksen face aux menaces d’annexion de Donald Trump, après un tweet controversé de Katie Miller, tout en rappelant l’obligation des alliés de l’OTAN de respecter l’intégrité territoriale et l’autodétermination dans un contexte de rivalités stratégiques croissantes en Arctique.

Déclaration de souveraineté de Starmer

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé que l’avenir du Groenland « n’est pas à décider par d’autres », selon des propos rapportés par Reuters. Cette déclaration s’inscrit dans le sillage du soutien explicite apporté par Londres à la Première ministre danoise Mette Frederiksen, qui a exigé du président américain Donald Trump qu’il mette fin à ses menaces répétées concernant une éventuelle prise de contrôle du Groenland. En se positionnant ainsi, Starmer a souligné l’importance du respect du droit international et du principe d’autodétermination des peuples, en particulier dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes dans la région arctique.

Cette prise de position intervient après une polémique diplomatique déclenchée par un message publié sur les réseaux sociaux par Katie Miller, montrant le Groenland recoloré aux couleurs du drapeau américain avec la légende « BIENTÔT », suscitant de vives réactions à Copenhague et au-delà.

Intégrité territoriale du royaume danois

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a été catégorique en rejetant toute idée d’annexion ou de rachat du Groenland. Elle a déclaré que

« les États-Unis n’ont aucun droit d’annexer l’une des trois nations du royaume danois »,

qualifiant toute suggestion de ce type d’absurde. Elle a rappelé que le Danemark, et par extension le Groenland, bénéficie pleinement des garanties de sécurité de l’OTAN, ce qui rend infondés les arguments selon lesquels Washington devrait intervenir pour assurer la défense du territoire.

Frederiksen a également exhorté les États-Unis à « cesser les menaces » à l’encontre d’un allié historiquement proche, insistant sur le fait que les relations transatlantiques doivent reposer sur le respect mutuel et la coopération, et non sur des pressions ou des déclarations unilatérales.

Argumentaire sécuritaire de Trump

De son côté, Donald Trump a réitéré ses propos lors d’une déclaration faite à bord d’Air Force One, affirmant que les États-Unis avaient besoin du Groenland

« du point de vue de la sécurité nationale »

et que le Danemark n’était pas en mesure d’en assurer pleinement la protection. Cette justification s’appuie notamment sur la présence stratégique de la base aérienne de Thulé, qui accueille des systèmes radar américains de détection de missiles, ainsi que sur l’importance croissante des ressources naturelles du territoire.

Le Groenland est en effet considéré comme stratégique en raison de ses importantes réserves de terres rares, estimées représenter une part significative des ressources mondiales, des matériaux essentiels pour les technologies de pointe, les batteries de véhicules électriques et certaines applications militaires. Cette richesse minérale attise également l’intérêt de la Chine, ce qui renforce la dimension géopolitique du débat.

Le tweet de Katie Miller comme élément déclencheur

La controverse actuelle trouve son origine immédiate dans un tweet publié par Katie Miller, épouse de Stephen Miller, ancien conseiller influent de Donald Trump. Le message, perçu comme provocateur, a été largement interprété comme une remise en cause de la souveraineté danoise sur le Groenland. En réponse, l’ambassadeur du Danemark aux États-Unis a adressé un rappel diplomatique soulignant que les deux pays étaient alliés et qu’un tel respect mutuel devait s’appliquer à l’intégrité territoriale.

Ce geste symbolique a cristallisé des inquiétudes plus larges quant aux intentions américaines dans l’Arctique et à l’usage de la rhétorique politique pour faire pression sur des partenaires traditionnels.

Statut d’autonomie du Groenland

Le Groenland, qui compte environ 57 000 habitants, bénéficie d’un large degré d’autonomie depuis 1979. Si la défense et la politique étrangère relèvent toujours de Copenhague, le territoire gère lui-même de nombreux aspects de sa gouvernance interne. Les sondages montrent qu’une large majorité de la population soutient l’idée d’une indépendance à long terme, tout en rejetant massivement toute perspective d’annexion par les États-Unis.

L’accord de défense signé en 1951 entre le Danemark et les États-Unis accorde déjà à Washington un accès militaire au territoire, notamment pour l’exploitation de la base de Thulé, sans transfert de souveraineté. Pour Copenhague et Londres, cet accord rend superflues les revendications américaines plus larges.

Investissements et défense dans l’Arctique

Afin de répondre aux défis sécuritaires croissants dans l’Arctique, le Danemark a annoncé un investissement substantiel dans la défense de la région, avec une allocation budgétaire significative prévue pour 2025. Ces mesures visent à renforcer la surveillance, la coopération avec les alliés de l’OTAN et la protection des infrastructures critiques.

Les autorités danoises rappellent également que la proposition de Donald Trump en 2019 visant à acheter le Groenland avait déjà été rejetée, suscitant à l’époque une vive indignation. La nomination récente d’un envoyé spécial américain pour le Groenland a ravivé ces tensions, étant perçue comme une nouvelle tentative d’ingérence.

Rôle de l’OTAN et article 5

Keir Starmer et Mette Frederiksen ont tous deux insisté sur le fait que le royaume danois, incluant le Groenland et les îles Féroé, est pleinement couvert par l’article 5 de l’OTAN, qui prévoit une défense collective en cas d’attaque. Londres coordonne étroitement avec les pays nordiques afin de renforcer l’intégration de la sécurité arctique au sein de l’alliance.

Cette position vise à contrer l’argument selon lequel un changement de souveraineté serait nécessaire pour garantir la sécurité régionale.

Ambitions historiques des États-Unis

L’intérêt des États-Unis pour le Groenland ne date pas d’hier. Dès les années 1950, l’expansion de la base de Thulé avait entraîné le déplacement de communautés inuites. Durant la Guerre froide, le territoire a servi de site clé pour des programmes de défense stratégique, notamment sous l’ère Reagan. Les déclarations de Trump en 2019 lors d’un sommet de l’OTAN ont ravivé ces ambitions historiques.

Parallèle avec le Venezuela

Certains observateurs notent un parallèle entre la rhétorique américaine sur le Groenland et la posture adoptée par Donald Trump vis-à-vis du Venezuela après la capture de Nicolás Maduro. Les propos évoquant la possibilité de « déployer des troupes au sol » et de « gérer correctement » un pays étranger renforcent les craintes d’une approche interventionniste plus large.

Concurrence autour des minerais stratégiques

La domination chinoise sur les terres rares constitue un enjeu majeur pour les États-Unis et leurs alliés. Les ressources du Groenland sont perçues comme essentielles pour réduire cette dépendance, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables, des véhicules électriques et de la défense. Cette dimension économique se superpose aux considérations de sécurité, rendant le débat encore plus sensible.

Opinion publique et dimension climatique

Au-delà des enjeux géopolitiques, les populations locales mettent en avant des priorités différentes, notamment l’adaptation au changement climatique et le développement durable. Les débats sur la souveraineté et les ressources s’inscrivent ainsi dans un contexte plus large de transformation environnementale de l’Arctique.

Dans ce cadre, la position de Keir Starmer, axée sur le respect de la souveraineté et du droit international, vise à rassurer les alliés européens tout en affirmant le rôle du Royaume-Uni comme acteur responsable dans les affaires internationales.

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Sarhan Basem est le correspondant principal de *Brussels Morning* au Parlement européen. Titulaire d'une licence en littérature anglaise, Sarhan apporte une combinaison unique de finesse linguistique et de capacité analytique à ses reportages. Spécialisé dans les affaires étrangères, les droits de l'homme, les libertés civiles et les questions de sécurité, il explore en profondeur les subtilités de la politique mondiale pour offrir des commentaires perspicaces et une couverture approfondie. En dehors du journalisme, Sarhan est un voyageur passionné, découvrant de nouvelles cultures et cuisines, et aime se détendre avec un bon livre ou profiter d'aventures en plein air dès que possible.
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