Hargeisa (Le Journal de Bruxelles) Un responsable israélien a averti que toute reconnaissance officielle du Somaliland comme État indépendant risquerait d’affaiblir la position historique d’Israël en faveur d’une solution à deux États avec la Palestine. Cette mise en garde intervient alors que le Somaliland intensifie ses efforts diplomatiques pour obtenir une légitimité internationale, notamment à travers un sommet virtuel organisé récemment. La controverse, révélée le 26 décembre 2025, met en lumière de nouveaux jeux d’alliances dans la Corne de l’Afrique.
Qu’est-ce qui a déclenché l’avertissement du responsable israélien ?
L’avertissement découle de la stratégie offensive du Somaliland pour obtenir une reconnaissance internationale, ciblant notamment des puissances comme Israël. Selon Jacob Magid du Times of Israel, un responsable israélien resté anonyme a déclaré qu’une telle reconnaissance « sape notre position sur l’État palestinien ».
Cette réaction fait suite à l’annonce par le président somalilandais Abdirahman Mohamed Abdullahi d’un sommet virtuel, le 23 décembre 2025, destiné à obtenir des soutiens de pays influents tels qu’Israël, les États-Unis de Donald Trump et l’Inde.
Le Somaliland, indépendant de facto depuis 1991, a accéléré sa campagne après un accord de défense signé avec l’Éthiopie en janvier 2024, permettant à Addis-Abeba d’accéder au port de Berbera en échange d’une promesse potentielle de reconnaissance.
Pour Israël, l’enjeu est diplomatique : maintenir une ligne cohérente sur la Palestine tout en préservant ses liens informels avec le Somaliland
Qui sont les acteurs impliqués ?
Le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi (Iise), a présidé un sommet virtuel qui a réuni plus de 500 participants issus de 44 pays. D’après le liveblog du Times of Israel, il a exhorté les invités à encourager leurs gouvernements respectifs à reconnaître le Somaliland.
Le ministre somalilandais des Affaires étrangères, Ali Mohamed Omar, a salué l’événement, citant les appuis de parlementaires américains tels que :
- Brian Mast (R-Floride), président de la sous-commission Moyen-Orient de la Chambre,
- James Lankford (R-Oklahoma), sénateur favorable à la reconnaissance du Somaliland.
La Somalie, qui considère le Somaliland comme une région sécessionniste, rejette vigoureusement ces initiatives et a récemment expulsé des diplomates éthiopiens en riposte à l’accord Éthiopie-Somaliland.
L’administration Trump, quant à elle, se montre ouverte mais n’a pris aucune mesure formelle.
Où et quand se sont déroulés les événements clés ?
Le sommet virtuel s’est tenu le 23 décembre 2025, depuis Hargeisa, la capitale du Somaliland.
Les déclarations israéliennes ont été relayées quelques jours plus tard, autour du 26 décembre 2025, par le Times of Israel.
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans une dynamique entamée dès mai 2024, avec le mémorandum signé entre le Somaliland et l’Éthiopie.
Bien que la plupart des interactions aient eu lieu en ligne, les ramifications s’étendent à Jérusalem, Washington et Addis-Abeba.
Pourquoi le Somaliland cherche-t-il la reconnaissance maintenant ?
Le Somaliland se présente comme un îlot de stabilité démocratique dans une région marquée par l’insécurité, notamment en Somalie où al-Shabaab demeure actif.
Le président Abdullahi affirme que la reconnaissance :
- renforcerait la lutte antiterroriste,
- stimulerait la croissance économique,
- valoriserait le port stratégique de Berbera.
L’accord avec l’Éthiopie offrant à Addis-Abeba un accès maritime est un atout majeur pour le Somaliland.
Du côté israélien, la prudence est dictée par la nécessité de ne pas créer un précédent diplomatique exploitable par les partisans d’un État palestinien indépendant.
Le Somaliland rétorque qu’il dispose de 30 ans d’autogouvernance, d’élections régulières et d’un système politique hybride salué par les observateurs.
Comment Israël s’est-il historiquement impliqué avec le Somaliland ?
Depuis 2019, Israël entretient des relations discrètes avec le Somaliland, ayant même établi une représentation officieuse à Hargeisa en 2021.
La coopération couvre :
- agriculture,
- sécurité,
- santé,
- développement rural.
Des députés israéliens, comme Avraham Neguise, ont déjà visité le Somaliland et plaidé pour un rapprochement.
Cependant, Israël refuse toujours d’aller jusqu’à une reconnaissance officielle pour préserver sa cohérence diplomatique concernant la question palestinienne.
Quelles sont les réactions des différentes parties ?
Somaliland
Le gouvernement parle d’un « moment historique ».
Le ministre Omar estime que le sommet a « mobilisé un soutien mondial ».
États-Unis
- Rep. Brian Mast : le Somaliland est le partenaire antiterroriste le plus fiable d’Afrique
- Sen. James Lankford : le Somaliland mérite une reconnaissance pour sa stabilité.
Somalie
Le ministre Ahmed Moalim Fiqi dénonce des tentatives « illégales et sans valeur ».
Éthiopie
Le Premier ministre Abiy Ahmed défend fermement le pacte sur le port, crucial depuis la détérioration des relations avec l’Érythrée.
Israël
Aucune réaction officielle supplémentaire, hormis l’avertissement initial.
Quels pourraient être les effets d’une reconnaissance du Somaliland ?
Une reconnaissance israélienne ou américaine :
Avantages potentiels
- légitimerait le Somaliland,
- renforcerait les échanges économiques,
- consoliderait la sécurité régionale.
Risques
- intensification des tensions entre la Somalie et l’Éthiopie,
- critiques du monde arabe à l’égard d’Israël,
- risque de précédent pour d’autres mouvements séparatistes en Afrique ou ailleurs,
- rivalité accrue dans les ports de la région, notamment avec Djibouti.
Quels obstacles persistent pour le Somaliland ?
- Refus de l’Union africaine, craignant une fragmentation du continent.
- Opposition ferme de la Somalie au sein des organismes internationaux.
- Défis internes : pauvreté, fractures claniques, infrastructures limitées.
- Absence d’engagement clair des puissances invitées au sommet.
Malgré un certain soutien américain, aucune reconnaissance formelle ne semble imminente.
Quelles implications géopolitiques plus larges ?
Le dossier Somaliland touche plusieurs enjeux mondiaux :
- la rivalité États-Unis / Chine (Pékin soutenant Mogadiscio),
- les intérêts du Golfe (UAE, Qatar, Turquie) dans les infrastructures portuaires
- la stratégie israélienne au regard de la question palestinienne,
- les ambitions éthiopiennes de retrouver un accès à la mer.
Le Somaliland met en avant sa gouvernance démocratique, mais reste isolé diplomatiquement.