Dossiers Epstein : la Maison-Blanche explose de colère

Sarhan Basem
Photo: AFP

Washington, D.C(Le Journal de Bruxelles)
La Maison-Blanche fait face à une montée d’exaspération alors que la médiatisation continue des dossiers liés à Jeffrey Epstein éclipse, selon ses responsables, l’agenda politique du président Donald Trump. Malgré les efforts pour clore les enquêtes sur les activités du délinquant sexuel décédé, les récentes publications de documents du Département de la Justice (DOJ) en décembre 2025 exigées par une loi signée par Trump ont relancé l’intérêt médiatique et prolongé le cycle d’actualités.

Qu’est-ce qui a déclenché la frustration de la Maison-Blanche ?

Selon plusieurs responsables et alliés de l’administration, une irritation intense s’est installée alors que les chaînes d’information multiplient les reportages sur l’affaire Epstein, reléguant au second plan des priorités telles que le commerce ou la sécurité nationale.
Adam Cancryn (CNN) rapporte qu’un haut responsable se plaint :

Quand vous travaillez 12 à 15 heures par jour pour résoudre de vrais problèmes et que vous allumez la télévision pour y voir des discussions sur Jeffrey Epstein, c’est frustrant. C’est l’état d’esprit du président”

Un allié cité par Politico ajoute que les « erreurs non forcées » de la procureure générale Pam Bondi et du directeur du FBI Kash Patel ont alimenté une indignation interne :

“ Ce sont eux qui ont rouvert la boîte de Pandore sur Epstein. Personne ne les a forcés à le faire, ce qui rend la situation encore plus douloureuse”

Trump a lui-même affirmé ne pas savoir ce que faisait le DOJ concernant ces enquêtes.

Qui exprime la frustration dans l’entourage de Trump ?

Des proches du président le décrivent comme « clairement furieux ». Les conseillers déplorent que les informations sur Epstein étouffent ce qu’ils considèrent comme des succès politiques récents.
Politico rapporte :

“ Ils voudraient passer à autre chose et parler de ce qu’ils considèrent comme des victoires. Ils sont vraiment agacés par ce cycle médiatique qui écrase tout”

CNN souligne que la diffusion d’un nouveau lot de fichiers par le DOJ, contenant notamment des photos, a provoqué une réponse précipitée et maladroite du gouvernement un épisode vu comme une série de faux pas.

Quand les principales publications de documents et réactions ont-elles eu lieu ?

  • 21 février 2025 : Pam Bondi affirme sur Fox News qu’un « dossier Epstein » est « sur son bureau ».
  • 27 février 2025 : Bondi publie des documents n’apportant aucune révélation majeure.
  • 7 juillet 2025 : Un mémo du DOJ indique qu’aucune liste de clients n’existe et qu’aucune preuve de chantage n’a été trouvée.
  • 23 juillet 2025 : Politico rapporte l’irritation croissante de la Maison-Blanche face à une couverture « écrasante ».
  • 12 novembre 2025 : La commission de la Chambre publie 20 000 pages issues de la succession d’Epstein.
  • 19 novembre 2025 : Trump signe une loi imposant au DOJ de publier ses documents sous 30 jours.
  • 23 décembre 2025 : Le DOJ publie plus de 11 000 nouveaux documents et photos.

Qu’a déclaré Trump en novembre ?

Le 12 novembre, Trump qualifie sur Truth Social les révélations de la Chambre de « canular » et accuse les démocrates d’utiliser Epstein pour détourner l’attention du débat sur le financement du gouvernement.

Quel rôle joue la procureure générale Pam Bondi ?

Pam Bondi est au centre des critiques pour la gestion des dossiers Epstein.
CNN rapporte le 8 juillet que plusieurs conseillers de Trump étaient « de plus en plus exaspérés » après que le mémo du DOJ a contredit ses allégations antérieures concernant une prétendue liste de clients.

  • 9 juillet : Une vidéo ABC 33/40 montre des appels à sa démission.
  • 15 juillet : Bondi élude les questions lors d’une conférence de presse, déclarant : « Notre mémo parle de lui-même. »
    Trump la défend le même jour, estimant qu’elle a géré la situation « très bien ».

Pourquoi la couverture médiatique persiste-t-elle malgré les efforts du DOJ ?

Selon plusieurs sources, Kash Patel et Pam Bondi ont informé Donald Trump, lors d’un briefing le 2 juillet, qu’aucune preuve ne soutenait les théories les plus répandues autour de l’affaire Epstein. Malgré cela, l’attention médiatique demeure intense.

Le Département de la Justice (DOJ) a tenté de refermer le dossier en demandant la libération de documents du grand jury et en évoquant d’éventuelles rencontres avec Ghislaine Maxwell, condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineurs. Pourtant, la publication continue d’alimenter les débats.

La loi signée par Trump le 19 novembre impose de divulguer une grande partie des dossiers, mais comporte de nombreuses exceptions — protection d’enquêtes en cours, confidentialité des victimes, vidéos sensibles  empêchant une divulgation totale.
Comme le rapporte le New York Times, Trump a nié toute implication, qualifiant Epstein de « pervers malade » et affirmant que leur rupture remonte à un conflit à propos du personnel de spa à Mar-a-Lago. Il a également demandé au DOJ d’enquêter sur certains démocrates cités dans des courriels liés à Epstein. Pam Bondi a confirmé que l’enquête avait commencé, ce qui pourrait justifier l’absence de certains documents dans les publications récentes.

Le 19 décembre, le DOJ a réfuté les accusations de non-respect de la loi, déclarant :

“ Le DOJ publie un volume massif de nouveaux documents que les administrations Biden et Obama avaient refusé de divulguer… Nous respectons la date limite tout en protégeant les victimes”

Selon Politico, la méfiance persistante de la base MAGA et la satisfaction de certains démocrates contribuent à maintenir la controverse. Le 23 juillet, un juge fédéral de Floride a rejeté la demande du DOJ visant à déclassifier d’anciens dossiers un revers rapporté par la BBC.

Comment Trump a-t-il réagi aux dernières révélations ?

Trump a minimisé le sujet lors d’une réunion du Cabinet en juillet, estimant que le regain d’intérêt représentait une « profanation », alors que le Texas faisait face à des inondations majeures.

Le 23 décembre, des documents indiquant qu’il aurait voyagé sur l’avion d’Epstein « bien plus souvent que ce qui avait été rapporté » et un lien avec une assignation à comparaître dans l’affaire Maxwell ont été rendus publics. La Maison-Blanche a renvoyé toute demande de commentaire au DOJ, tandis que Trump, présent à Mar-a-Lago, n’a organisé aucun événement public.

En novembre, Trump avait signé la loi sur la divulgation des dossiers après l’approbation du Congrès, revendiquant l’initiative malgré la pression politique. Un proche cité par CNN explique :

“ C’était sa façon de dire à sa base qu’il était temps de passer à autre chose. Nous ne sommes pas prêts à passer à autre chose”

Que révèlent les derniers fichiers publiés ?

Selon CBS News, les documents du 23 décembre  plus de 11 000 éléments  comprennent des déclarations d’un procureur affirmant que Trump avait utilisé l’avion d’Epstein plus fréquemment que prévu, ainsi que des références à une assignation concernant Mar-a-Lago dans le cadre du dossier Maxwell.

Les premiers lots de documents publiés en vertu de la loi de Trump contenaient déjà des photos et des mentions liées à l’enquête.
La publication massive du 12 novembre par une commission de la Chambre comprenait environ 20 000 pages issues de la succession d’Epstein.

La BBC rappelait le 24 juillet l’appel croissant à une divulgation complète par l’administration Trump.
Wikipedia résume par ailleurs le mémo du DOJ du 7 juillet, confirmant qu’aucune « liste de clients » ni preuve de chantage n’a été trouvée.

Quelles sont les implications plus larges pour l’administration ?

L’irritation au sein de la Maison-Blanche provient en grande partie de ce qui est perçu comme des « erreurs auto-infligées ». Des alliés estiment que la publication du mémo du DOJ durant un week-end férié a aggravé la situation.

CNN, dans un article du 20 novembre, décrit la volte-face de Trump sur la question, alimentée par la suspicion et les pressions politiques. Axios, le 15 juillet, souligne que la base MAGA commence à rediriger sa frustration contre Trump lui-même.

La Maison-Blanche continue de minimiser toute mention du président dans les documents, selon la BBC (23 juillet). Politico rapporte, le 18 novembre, que Trump a répliqué en attaquant des démocrates après le vote sur la loi Epstein.

Au final, cette affaire continue de hanter une administration désireuse de se concentrer sur les « vrais problèmes », tandis que sa propre base exige davantage de transparence et de réponses.

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Sarhan Basem est le correspondant principal de *Brussels Morning* au Parlement européen. Titulaire d'une licence en littérature anglaise, Sarhan apporte une combinaison unique de finesse linguistique et de capacité analytique à ses reportages. Spécialisé dans les affaires étrangères, les droits de l'homme, les libertés civiles et les questions de sécurité, il explore en profondeur les subtilités de la politique mondiale pour offrir des commentaires perspicaces et une couverture approfondie. En dehors du journalisme, Sarhan est un voyageur passionné, découvrant de nouvelles cultures et cuisines, et aime se détendre avec un bon livre ou profiter d'aventures en plein air dès que possible.
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