United States(Le Journal de Bruxelles)
Les prix de l’argent ont grimpé à des niveaux sans précédent, dépassant 70 $ l’once en décembre 2025, battant ainsi les records de 1980 dans un contexte de déficit d’offre persistant et d’une demande en pleine explosion.
Quoi : L’argent au comptant a atteint un sommet historique de 69,99 $, en hausse de plus de 140 % depuis le début de l’année.
Qui : Hausse alimentée par les industriels, les investisseurs et même les banques centrales.
Quand : Pic observé fin décembre 2025.
Où : Marchés mondiaux, principalement le COMEX et Londres.
Pourquoi : Cinquième année de déficit structurel, demande croissante (solaire, électronique, IA), flux refuge et assouplissement monétaire de la Fed.
Qu’est-ce qui a déclenché cette envolée historique ?
Au 22 décembre 2025, le cours spot de l’argent a atteint 69,31 $ l’once, prolongeant une dynamique haussière qui a surpassé celle de l’or depuis le début de l’année.
Selon la mise à jour en temps réel de JM Bullion du 22 décembre, le métal évoluait autour de ce niveau, soutenu par :
- une politique monétaire plus accommodante,
- une forte demande industrielle (solaire, électronique, technologies avancées),
- des flux refuge et un intérêt spéculatif durable.
Les données de Kitco le même jour indiquaient un bid à 70,79 $ (+2,62 %) et un ask à 70,91 $, confirmant la tendance.
Trading Economics rapportait un cours de 69,39 $ le 23 décembre, léger recul quotidien (-0,26 %), mais progression mensuelle de 35,06 % et annuelle de 133,99 %, avec un record absolu à 69,99 $ en décembre.
Le 18 décembre 2025, Kitco News expliquait que cette hausse fulgurante résultait d’une « tempête parfaite » : demande d’investissement robuste, inscription de l’argent sur la liste US des minéraux critiques, achats momentum permettant au métal de dépasser 65 $ pour la première fois. Avec plus de 120 % de gain en 2025, l’argent surperforme nettement l’or (+64 %).
Comment les prix de l’argent ont-ils évolué en 2025 ?
La montée fut progressive mais puissante.
- 5 juin 2025 CNBC : l’argent atteint son plus haut niveau en 13 ans à plus de 36$l’once, +20 % sur l’année, réduisant l’écart avec l’or (+25 %).
- 9 octobre 2025 CNN : les contrats à terme à New York bondissent de 7 % pour toucher un record à 52,63 $, surpassant les sommets de 1980, tandis que le spot dépasse 52 $.
- 13 octobre 2025 Wall Street Journal : nouveaux sommets alimentés par un rallye de l’or et une pénurie de liquidité à Londres.
- 28 novembre 2025 Liberty and Finance (Mario Innecco) : une clôture au-dessus de 56 $ attribuée à une demande physique écrasant les marchés papier, brisant la résistance technique de 51 $ et ouvrant une nouvelle phase haussière. Innecco met en garde contre les risques des ETF et des futures, prévoyant des oscillations quotidiennes de 5 à 10 $ vers un objectif de 100 $ en contexte de pénuries.
Le 10 décembre 2025, Carbon Credits rapportait que l’argent avait franchi 60 $ le 9 décembre, atteignant 58,84 $ en intraday et évoluant dans les hauts 50 $ fin novembre–début décembre. Les prix avaient doublé depuis janvier dans un marché toujours plus tendu.
Selon l’analyse de mi-année de Sprott (20 juillet 2025), l’argent avait déjà progressé de 25 %, dépassant 35 $/oz grâce à des déficits structurels et à la demande technologique.
Pourquoi l’argent fait-il face à un déficit d’offre persistant ?
Le Silver Institute, dans son rapport du 12 novembre 2025, a annoncé que l’année 2025 marquerait le cinquième déficit structurel consécutif du marché de l’argent. Malgré une offre mondiale en légère hausse de 1 % et une demande en recul de 4 %, le marché reste durablement en sous-approvisionnement.
La production minière demeure pratiquement stable à 813 millions d’onces (Moz) : les hausses du Mexique et de la Russie compensent les baisses du Pérou et de l’Indonésie. L’offre primaire progresse légèrement (+3 Moz pour atteindre 227 Moz, soit 28 % du total). Le Mexique augmente sa production de 5 Moz, notamment grâce à la remise en service de la mine Tizapa (Peñoles), la montée en puissance de Terronera (Endeavour Silver) et les volumes accrus de Southern Copper.
Au 6 novembre, les prix de l’argent affichaient une hausse annuelle de 67 %, devant l’or (+52 %) et le S&P 500 (+14 %).
Selon CNN (9 octobre 2025), Peter Grant, vice-président senior chez Zaner Metals, souligne que le marché souffre d’un cinquième déficit structurel dû à une production minière stagnante incapable de suivre la demande. Un stratège de la société G ajoutait :
» Le double rôle de l’argent métal industriel et valeur refuge a intensifié le rallye, faisant de 2025 une année charnière »
Sprott note même sept années consécutives où l’offre n’a pas satisfait la demande, renforçant les tensions sur les prix. Carbon Credits confirme l’aggravation du déficit pour la cinquième année.
Qu’est-ce qui alimente la demande industrielle et d’investissement ?
La demande industrielle reste un pilier central du marché.
Selon CNBC (29 novembre 2025), même si une légère baisse est attendue en 2025, la demande issue des véhicules électriques, composants IA et panneaux photovoltaïques continue de croître. L’argent surnommé le métal du diable pour sa volatilité évolue parallèlement à un marché de l’or atteignant 4 000 $/oz.
Trading Economics met en avant :
- l’essor du solaire, des véhicules électriques et des centres de données,
- la contraction des stocks mondiaux,
- l’impact du futur assouplissement monétaire.
Christopher Waller, gouverneur de la Fed, a laissé entendre que la banque centrale avait encore » de la marge pour assouplir », les marchés anticipant deux baisses de taux en 2026, ce qui soutient les métaux ne générant pas de rendement.
Les records de prix ont été attribués par Kitco News à une forte demande d’investissement et au classement de l’argent parmi les minéraux critiques aux États-Unis. JM Bullion souligne l’importance de la demande provenant du secteur solaire et de l’électronique.
Dans Liberty and Finance, l’analyste Mario Innecco met l’accent sur un phénomène inédit :
les banques centrales achètent désormais de l’argent, renforçant la demande physique mondiale.
Le Silver Institute confirme également :
- des inflows record dans les ETP,
- une rareté de liquidité,
- des taux de prêt (lease rates) élevés,
- des retraits accrus des coffres du CME.
Facteurs géopolitiques
Trading Economics rappelle que plusieurs tensions ont renforcé la fonction refuge du métal
- les sanctions américaines contre le Venezuela,
- l’attaque ukrainienne contre un pétrolier russe,
- un cyberattaque majeure.
Le Wall Street Journal souligne aussi l’impact du rallye de l’or et d’un resserrement de liquidité à Londres.
Acteurs clés et prévisions
- Mario Innecco (@maneco64) Liberty and Finance, 28 novembre 2025 :
prédit un argent à 100 $ d’ici fin 2025, en raison des pénuries et du retour massif des particuliers ; privilégier le physique. - Peter Grant (Zaner Metals) CNN, 9 octobre 2025 :
met en avant la stagnation minière à l’origine du cinquième déficit structurel. - Man, stratège chez G CNN :
insiste sur le rôle hybride de l’argent, industriel et refuge. - Christopher Waller (Fed) Trading Economics :
signale la possibilité d’un nouvel assouplissement monétaire. - Kitco News Team (18 décembre 2025) :
estime que l’argent pourrait terminer l’année à plus du double de son niveau de janvier. - Trading Economics :
anticipe 67,33 $/oz en fin de trimestre et 73,56 $/oz dans douze mois. - Yahoo Finance :
évoque des sommets comparables aux records or/argent, dans la meilleure année depuis 1979.
Quelles sont les perspectives pour les prix de l’argent ?
Les prévisions restent orientées à la hausse. Trading Economics anticipe un cours d’environ 73,56 $ l’once d’ici douze mois. Carbon Credits évoque même un potentiel de 100 $/oz, porté par des déficits structurels persistants. Les indicateurs records publiés par le Silver Institute renforcent cette dynamique haussière.
Au 22 décembre, Monex affichait des primes importantes sur les barres et les pièces :
- barre de 100 oz à 7 110 $ à l’achat,
- pièce Britannia 1 oz avec une prime d’environ 4,50 $ au-dessus du spot.
APMEX rappelait qu’en début d’année, l’argent évoluait dans une fourchette de 29 à 33 $, avant d’atteindre désormais ses plus hauts niveaux en dix ans, dans le sillage de l’or.
Les plateformes Barchart et TradingView suivent par ailleurs les évolutions des contrats à terme, confirmant la volatilité du marché.
Les risques demeurent, notamment la forte volatilité Mario Innecco avertit de variations quotidiennes potentiellement marquées. Toutefois, entre déficits d’offre, demande robuste et vents favorables sur le plan monétaire, 2025 s’impose comme une année historique pour l’argent, qui pourrait bien prolonger son rallye.